Carnet numérique. Journal graphé.
Echo au papier creusé par la pointe,impressions de lignes sur “screen”.
Page blanche.
Noircie
Désespoir s’enlise.
Mots s’encalminent.
Ecran noir.
Criblé.
Pensées percent.
Cris s’enluminent
Carnet numérique. Journal graphé.
Echo au papier creusé par la pointe,On lit une forme avec sa tête, sa culture.
On ressent une force avec tout son corps, son cœur.
Regard blanc.
Prendre les choses telles qu’elles se présentent à l’œil nu
Non pas telles que l’on se les imagine
Une feuille de papier, de couleur blanche, format A4,
posée sur la table.
Pour certains :
l’angoisse d’écrire
une invitation à s’exprimer
un (futur) testament
une lettre d’amour jamais reçue
un message
une simple feuille blanche sur une table
…
A l’image : tout juste un quadrangle clair □
Sur lequel se pose un infini
Un écran éteint ? ■
_*_
En cinéma documentaire, recours au regard blanc. Pour sortir des habitudes du voir.
Pour se libérer de ce qui conditionne notre regard (et nos pensées) : la culture. Son caractère d’évidence : on ne la voit pas. On la projette.
Regard blanc. Tentative de regard virginal.
Le cinéma, d’abord un faisceau de lumière.
Le film, un vaisseau de poussières.
L'écrit, un filin filé d'encre clair
Anciens commentaires________________________________________________________
Brin d’idées muries après visionnage d’un documentaire sur l’Histoire de l’Amérique, vue à travers le Cinéma et ses débuts..
Translation. Pouvons-nous regarder les débuts du cinéma, sis à la même époque, comme la matrice de ce que deviendront les médias de nos jours ? Piques sur “Naissance d’une Nation” de Samuel Griffith, sorti en 1915, soit deux ans avant l’entrée en guerre des Etats-Unis sur le sol européen (1917), intervention militaire, politique et économique qui mettra fin à la guerre et imposera les Etats-Unis comme puissance montante qui changera la face du monde.
Du poids du cinéma en particulier et des médias en général dans la formation des représentations collectives. D’autant plus fort que ces arts créent des fictions historiques qui flattent l’orgueil des peuples et des nations, en ne faisant qu’agiter des bouts de chiffons.
Rebond. Devrions nous envisager que la prochaine fois qu’un “grand film américain” sur le Sud des Etats-Unis esclavagiste fait un carton dans ce pays jusqu’à réunir la “Nation”, nous serons à 2 ans de voir les américains entrer de plein pied dans la troisième guerre mondiale ? Clin d’œil à Ere de volcan écrit précédemment qui mettait en boite nos grosses têtes politico-médiatiques qui n’ont pas vu venir la guerre d’Ukraine ni le déclin économique. Si cette boutade se vérifie, plus besoin d’analyses d’experts pour pronostiquer la prochaine guerre, le BOX OFFICE US suffira pour la peine. Quelle magie porte donc l’image d’un film ?
Savante maitrise des plans, de l’éclairage et du montage, Naissance d’une Nation continue d’être étudié commenté et reconnu surtout pour la puissance de sa narration. Il deviendra la matrice de tous les films à grand spectacle et celle de toute l’industrie cinématographique qui n’aura de cesse de chercher la potion magique du succès, avec en toile fond la poétique d’Aristote et la Caverne de Platon. Aujourd’hui Hollywood maitrise le processus d’écriture d’un film jusqu’à confier à l’IA qu’elle a programmée, le premier jet d’écriture de ses productions, reléguant les scénaristes créateurs de mondes et de personnages, au rôle de correcteurs et co-signataires. Verdict de la récente grève menée par le puissant syndicat des scénaristes. Narration depuis ses débuts à Hollywood, narratif aujourd’hui partout dans le médiatique. Scène et spectacle dans les deux cas. Et la guerre toujours en vedette avec strass et fracas.
Naissance d’une Nation par narration donc. Création d’une fiction. Recréation de l’Histoire. Construction d’un récit pour justifier et anoblir les crimes de guerre qui ont engendrés la Nation dans le sang avec l’esclavage et la guerre de sécession. Création d’un sentiment d’Unité Nationale en jouant des émotions que soulèvent le spectacle grand format mu par une trame scénaristique calquée sur le modèle grec antique. Création d’un mythe qui fonctionne d’autant plus facilement qu’il est simple, voire simpliste à comprendre et reproduire. Le mythe ne demande qu’un sentiment d’adhésion pour vivre, avec communion dans le lynchage d’un bouc émissaire pour souder le collectif, sans autre motif de raison que de vouloir appartenir à ce qui est portée aux nues dans la projection, dans ce cas-ci, cette nation là.
L’imaginaire américain, serait-ce “ce processus de domestication, d’apprivoisement de ce qui est sauvage” ? Le cinéma a “sauvagisé” les natifs d’Amérique et les esclaves noirs pendant des décennies dans ses images pour imposer l’image d’une Amérique blanche bien sous tous rapports. Berthold Brecht : Si tu veux détruire quelqu’un, qualifie le d’abord de “sauvage”. Persistance des motifs qui ont “justifié” en Occident, la colonisation, l’apport de LA civilisation. Colonisation des terres hier, colonisation des esprits aujourd’hui. Le cinéma, une captation pour une mise en cage ? A voir. D’abord un faisceau de lumière porté par un voile de poussières, selon un regard blanc. Et beaucoup de noir. “Ô Obscurité, ma lumière” écrit Godard dans son “Histoire(s) du cinéma”. Et si c’était justement dans ses noirs que résidait la force du cinéma et sa capacité de retournement, geste maïeuticien s’il en est ? Retourner les cerveaux pour retourner les situation. Manivelle, caravelle. La force du cinéma est avant tout d’offrir la possibilité d’un voyage, aux imaginaires comme aux idées pour traverser le temps et s’inscrire dans les mémoires.
Echo de sagesse amérindienne. “Ils nous mis (comme lumière noire) en terre, ils ignoraient que nous étions graines”. Retournement de situation. Les Etats-Unis perdent la mise aujourd’hui avec la montée de la Chine épaulée par des BRICS sur le plan international, et sont traversés par une profonde remise en question de leur modèle et crise de leurs croyances. Le déclin précoce pointe son nez; Et pas que sur le plan économique. L’Asie envahit à son tour les écrans avec ses superproductions calquées sur le modele hollywoodien qui mettent en scène sa culture, ses valeurs et son histoire. Paradoxalement, jamais les souffrances et chants transfigurés des natifs et esclaves d’Amérique, longtemps honnis dans les films, n’ont autant fait retentir leurs cris et leur silence par les voies mêmes que les USA ont prise pour marquer les esprits à travers le monde, des yourtes de Mongolie à la France. Esprit de lutte contre les injustices, valorisation de l’individu et sa détermination, esprit de résistance, retour à la terre, communion avec tous les êtres et tous les mondes (Avatar), renversements de pouvoirs injustes… se retrouvent désormais dans des films de tous les continents et inspirent jusqu’à des artistes et réalisations chinoises. C’est peu dire que les zArts sont libres et finissent par échapper à leurs maîtres. Ne sont-ce pas les seuls témoignages qui restent d’une civilisation après leur extinction et table rase ? Dicton à retenir en guise de leçon : “Dans la savane, si les lions sont rois, les zèbres font signe”.
En cinéma, le film projeté est réfléchie sur écran, à raison de 24 images ET 24 NOIRS par seconde. Mécanique de la caméra comme du projecteur qui actionnent un obturateur. L’œil reçoit un rebond qui fait IMAGE dans le temps et qui comprend moitié de noir noir. Une absence totale d’images (mais pas de son) pendant une moitié de seconde. Une part de non-vu qui porte tous les possibles et qui laisse au spectateur la possibilité de vivre sa part dans l’Invisible. Et signe pour le créateur la possibilité intrinsèque qu’offre cet art de contourner les digues. Martin Scorsese, réalisateur américain de la côte Est en butte avec Hollywood, connu pour le caractère subversif de son cinéma, compare le cinéaste à un contrebandier et dit que tout l’Art de cet art, est justement de faire passer sa cargaison en douce. Une des raisons pour lesquelles le monde de la mafia et des brigands occupe une si large place dans les histoires portées à l’écran ? Ce ne sont pas les succès du Parrain de Coppola ou Casino du dit Scorsese, et ceux de tous les films actuels qui mettent en scène des barons de la drogue ou des espions qui me contrediront. Mais pour faire passer quoi ? Beaucoup de héros de cinéma sont des petits malfrats dont la petite histoire contient la Grande. Image d’une humanité libre réduite à agir dans le monde en loucedé pour le changer, ou simplement survivre ? “Ô Obscurité, ma lumière” disait Godard. Pour sûr il ne parlait pas que du noir des images. Le personnage de voyou emblématique de son film A BOUT DE SOUFFLE joué par Belmondo, qui sacra la Nouvelle Vague et changea la face du film, finira à terre dans la rue sur ces mots : “C’est dégueulasse !”. Et la jeune vendeuse du New York Times qui pris son dernier souffle dans la dernière prise, de dire “Qu’est ce que c’est, DEGUEULASSE ?”. Des gueules lasses ? Ainsi finit le cinéma chez Godard, de guerre lasse après avoir tenté pendant plus d’une décennie de changer le monde avec son cinéma. Pour rappeler en cinéma, au Cinéma, que la vie de l’homme de la rue il a oublié et qu’il doit, pour finir, y retourner s’il veut retrouver sa force ? Les toutes premières images tournées ne furent-elles pas la Sortie des ouvriers de l’usine des frères Lumière depuis le trottoir d’en face, avec l’entrée d’une locomotive fumante plein cadre sur les quais de La Ciotat ? Retour en gare. Le cinéma est un enfant de la révolution industrielle. Né avec elle, il a muté avec elle.
La télévision a pris d’assaut la rue et pris le relais dans la formation des imaginaires et la conduite des esprits. Foules naguère en marche. Aujourd’hui clouées sur place, plombées par des mires en barres. Miradors. La télévision encadre aussi surement qu’elle encage comme nous le verrons dans un prochain article sur son évolution. À l’inverse du poste (de police?) que l’on regarde enwagonné dans son chez soi, le cinéma appelait un bain dans un lieu collectif pour faire fusion. Opéra en mode majeur. Danse vibratoire des chairs devant l’oscillation de la lumière. Communion dans le noir. Hier dans les salles, aujourd’hui sous la voute, le cinéma a pris la tangente pour survivre. Il a comme découvert le calcul intégral pour sortir du compte à deux balles et étendre sa surface. Il est devenu SPATIAL et tend à se faire de plus en plus expérience pour concurrencer l’essor des jeux vidéos et du virtuel qui le talonnent dans son domaine d’expérience. De lion rugissant, une partie de lui a muté en Pégase. Le cinéma de production culmine aujourd’hui avec des projections sous dôme géant en relief et des gros succès au box office qui prennent régulièrement l’Univers interstellaire pour décor et des vaisseaux sans roues pour voyage : 2001 Odyssey de l’Espace, Star Wars, Interstellar, Avatar,… Il a troqué la manivelle pour l’électricité. Il s’est fondu dans la lumière pour rejoindre ses origines, engendrant de drôles de créatures au passage, à commencer par ce monstre froid, le calculateur HAL de la station orbitale de 2001 Odyssey de l’espace. Quant au cinéma de création et le cinéma dit “indépendant”, économes car modestes en moyens, ils continuent leur route en investissant des Festivals comme le fameux Sundance, ou dans les lieux alternatifs, en se diffusant plein air la nuit dans des champs. Le Cinéma, peut être parce qu’il se forge intérieurement dans le noir qu’il contient qui n’est pas sans évoquer la nuit, a rejoint par des sentes libres et des fibres le chemin des étoiles.
Le dernier article publié dans cette rubrique ciblait la photographie. Il présentait le photographe comme un “chasseur d’âmes” capable de saisir la part invisible d’un être. Il rappelait aussi la gémellité entre appareil photo et arme à feu, et suggérait qu’une séance photo pouvait prendre les allures d’un duel où l’intensité côtoie la mort.
“Si chaque photographie vole un peu de l’âme, ne serait-il pas vraisemblable que je confie des morceaux de moi chaque fois que je prends une photo ? » confiait Richard Avedon, photographe de mode et « portraitiste » américain du XXème siècle, célèbre pour ses photos de célébrités mondaines publiées dans le magazine VOGUE, et ses portraits de femmes et hommes du commun rencontrés en sillonnant les routes de l’Ouest américain de 1979 à 1984.
En 2008 s’est tenue une rétrospective de son œuvre au musée du Jeu de paume à Paris. L’exposition regroupait 270 œuvres retraçant l’ensemble de sa carrière de 1946 à 2004, enrichie d’une quarantaine de photos de la série In the American West.
Tirages grand format, portraits plein cadre en noir et blanc, minimalisme de la composition, fort contraste, piqué de l’image saisissant, l’exposition offrait l’opportunité d’un face à face intime les yeux dans les yeux avec les visages. Un musée prend toujours peu prou des allures de mausolée, impression renforcée ici par les clichés de nombreux défunts célèbres, restés vivants dans les mémoires. Bain d’union en eaux fortes. L’intense contraste des photographies étoilées dans l’espace nu percutent l’âme, arrêtent un instant le temps. De captés les figures deviennent captivantes. Qui fusille qui du regard ?
Avedon se défend de faire autre chose que de capter la surface des personnes qui se confie à sa caméra. On ressent quand même profondément qu’il cherche à capter la vérité de ces êtres, c’est à tout le moins la première impression qu’il m’est venu face à ces grands portraits en noir et blanc qui dressent leur figure hiératique, énigmatique.
En parcourant l’exposition, j’ai eu le sentiment que ces photographies restituaient quelque chose d’un un face à face avec la mort. Et puis méditant sur l’acte de prendre la lumière d’un être et de la coucher sur papier, je me suis dit que cette approche était peut être celle de toute la photographie pour s’engager dans un corps à corps avec la vie. Dans l’espoir d’y faire surgir la VIE ? Si vivre c’est lutter, lutter c’est résister. Il y a de la résistance dans ces images, ce qui fait leur étrange beauté ?
Avant je m’imaginais qu’il s’agissait, en captant « l’instant décisif » ou en « imprimant son sentiment poétique » au monde, « regardé, vécu parce que regardé », d’en faire saillir la vie, le sel de l’existence, de jeter une lumière sur des ombres réputées impénétrables. Bref je pensais que photographier était un acte de naissance, un geste qui donnait vie. Je me rends compte en parcourant cette exposition, que je ne suis qu’un mort en sursis qui vient glaner quelque indice de vie au milieu d’un charnier dont s’échappe des nuées imperceptibles qui nappent l’espace de fibres invisibles. Que capte vraiment le photographe ? Ces photons que je crois enferrés sur papier, ne voyagent-ils pas ? Qu’émettent-ils dans leur échappée pour percer mon regard et l’arreter ?
Les portraits les plus saisissants sont pour la plupart ceux dont ceux dont le regard et la présence toute entière du corps arrêté, fixent intensément presque avec angoisse, l’objectif ou à l’inverse s’abandonnent au regard du photographe, telle Marilyn Monroe pour lui confier un dernier soupir en suspens avant de s’évanouir. Le regard de Red Owens surtout, m’a donné l’impression qu’il avait conscience dans l’instant du déclic, que la mort le travaillait en lui-même prête à surgir et qu’il la contemplait en puissance. Miracle de la prise, la vie passe et reste comme suspendu entre deux eaux. Force de ce regard qui fait face à l’insondable en soi et le déploie muettement dans l’espace. Force de la photographie de faire se prolonger l’instant et nous offrir de nous tenir devant l’abime sans nom dans un moment d’abandon ou de ressaisissement selon. Glissement d’un voile, envol d’une voile. L’invisible reste insaisissable. Le mystère de la vie inviolable.
Parmi tous les clichés exposés, deux êtres seulement se dérobent à l’objectif et la fixation de la caméra dans un bref mouvement furtif: Louis Amstrong et Malcom X. Manifestent-ils ainsi leur volonté de défier ou de (sur)vivre à l’acte photographique ? De ne pas se laisser piéger par un arrêté ? De renvoyer notre regard ailleurs, de nous emporter dans un mouvement, une vrille de vie ? Ou de jouer et se jouer de la prise tout simplement en connivence avec le photographe qui a laissé vivre ces images dans son anthologie ?
Trophées de chasse d’un œil aux aguets pour débuter la semaine en Z en écho à l’article publié en ART sur la photographie, et celui sur l'œuvre de Richard Avedon et sa captation d’âmes dans le viseur.