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01 mars 2024

DES SENTES À LYRE


Ɩ
Poète
Penseur Parleur
Filmeur Dessinateur
Musicien à mes heures
Je filme la vie à bras-le-corps
J’arpente les mots à corps-et-cris
Je chasse les sens Je traque les sons
J’enjambe les digues J’embrasse les flots
Je file le flou Je fais flow-bonds
J’image des signes
Je ligne des chants
Je dessine ailées
Des sentes
à Lyre

Echo au précédent post qui présentait la première Des Sentes à Lyre, JE POSE ICI COMME UN JALON en ce premier jour de MARS, le corps de texte qui orne la page BIO de ce site qui se lit comme un poème et se regarde d'un coup d'œil comme un oiseau.

Cet Oiseau-Lyre tressé de cordes sensibles signait un salut en lignes taillées, sculptées à la hache pour ainsi dire, pour faire IMAGE-SIGNE, concept élaboré pour illustrer la Parole contenue dans Le Livre (ndlr : deuxième partie de La Révélation d'Arès dit Le Signe) dont il sera souvent question ici, avec un court texte pétri de MOTS-SONS, autre concept sur le sonore qui complète le précédent qui s’applique au visuel, pour donner à VOIR autant qu’à ENTENDRE, comme LIRE et COMPRENDRE une image textuée, tel un sigle unique composé de mots tressés de sons tissés en lignes, jonglant avec les sens portés par les signes.

Des sentes à Lyre, donc. Ce jet de mots regardés en BLOC, dessine les contours d’un oiseau en vol. A moins que cela ne soit celui d’une abeille ou d'une cloche ? Airs et miel fusent et fondent de pair EN MER, en ondes ondoyantes pour les uns, en coulées diaprées pour les autres. Ondoiement de sens miellés. Corps de sentes en coulée IMAGE le sens et fait tinter les lignes de sons liés ressentis au plus profond des fibres.

Passage du vide en plein. Tressage de signes entre les sentes. Tissage de sens entre les lignes. Filage de sens entre les signes. Ouverture des sens à la raison signifiante. Passage de sens porté par les sens. Boucle. Re-bonds. Redondance. Ronde de mots dansants. Flow de sons chantants.

Œil voit et entend avant de lire. Idéogramme attique. Sens se déploie d’une rive à l’autre. Mots s’étirent du visuel au ouïr. Sons portent les lignes. Idées sourdent. Signes voyagent dans la pensée en vol de formes pour faire SIGNE et SENS en même temps.

Force de l’idéogramme qui imprime la rétine de concert avec le cortex cérébral. Instantanéité de la frappe. Vibration du tympan à l’unisson du sens. IMAGE-SIGNE.

Eric Desneux


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29 février 2024

OYEZ, OYEZ, MATEZ L'EAU !



Les mots voyagent aussi au gré des flots par delà l’espace porté par les sons. La Création est un long Continuum porté par une Masse Noire invisible qui fait Jonction entre les mondes. Chacun a juste le temps ici bas de construire et d’armer son navire pour un Grand Départ. Navire invisible pour traverser une Mer Noire.

Les anciens de certaines contrées maritimes, les Vikings pour ne pas les nommer, avaient coutume d’honorer leurs “partis” en les enterrant avec des objets familiers qui avaient accompagnés leurs vies pour les aider à faire le passage ? J’offre ici à Mat pour son voyage, une fine et frêle quille de mots en lignes pour les moments fébriles. Partage de marin à marin, l’image d’une sybille à caresser du regard pour étoiler les nuits.

Première des Sentes à Lyre  publiée sur ce site, entendez par là un tracé de sentes à lire écrit avec des mots-sons en lignes, à entonner avec musique en rime.

Oyez, oyez matelots ! Matez l’eau pour Mat’théo

ÆRIK

YOU SAY WAR
I SPRAY RAW ART

YOU SAY PIRATE
I FIRE PYRO ART

I DIG OUT GUERILL’ART
FOR GUERILL’ARTISTS
I DIG ART WARRIORS

FOR FEAST & PEACE

MAKE
ART
NOT

WAR
A LEG

ART OF
FIRING LIFE
WITH PIRATE
FEAST

|

Ο


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DE LA GUÉRILLA AU GUÉRILLART



Quoi de mieux pour un 29 février (date rare dans le calendrier) pour faire un tour hors des sentiers battus de l'art et de l'histoire ?

L’art de la guérilla qui décida du sort de maints soulèvements, guerres et révolutions
 au cours du XXème siècle, de l’Espagne de 36 à Cuba en passant par toutes les luttes de résistance et de décolonisation, ne date pas d’hier. Il remonte à la plus haute antiquité, mais il fut historiquement initié en ce cycle de violence qui enfanta l’ère moderne, par la résistance opiniâtre des espagnols et portugais aux armées de Napoléon qui envahit leurs pays début XIXème, d’où le nom que cet art de la guerre porte de nos jours.

Guerilla signifie “petite guerre” en espagnol. II marque, dans son diminutif, la disproportion des forces en présence dans le combat, qui opposa à l’époque de petites unités mobiles natives en résistance contre une force impériale d’occupation intraitable. Typique des formes de guerre dissymétriques, cette tactique repose sur un harcèlement constant et efficace de troupes irrégulières sans ligne de front, en jouant des effets de surprise avec une forte capacité de concentration et de dispersion.

Témoignage d’un officier prussien au service de la France qui subit les sévices de ces séditieux insoumis : « lorsque nous arrivons, ils disparaissent ; lorsque nous partons, ils réapparaissent. Ils sont à la fois partout et nulle part ». La généralisation de cette tactique de lutte sur un large territoire, et l’efficacité redoutable obtenue par le général espagnol Juan Martin Diez dit “le têtu” qui mit les armées napoléoniennes en déroute en abandonnant systématiquement les batailles rangées au profit de tactiques d’attaque de son cru, la fit entrée dans l’histoire militaire. Très nette distinction avec le terrorisme, la guérilla ne s’attaque pas à des civils mais seulement à des troupes régulières.



Portrait de Juan Martin Diaz, “el Empecinado”
par Francisco de Goya

L’esprit de guérilla, qui se répandit partout aux XIXème et XXème siècles où la lutte opposait un faible en nombre pugnace à une forte puissance occupante régnant sans partage, déborda ensuite le monde des armes à feu pour fleurir dans le monde des arts tout court, dans la deuxième moitié du XXème siècle avec l’émergence sur les murs des villes, du Tag et du Graffiti. Ainsi naquit l’art guérilla ou “GUERRILLART”, véritable prise d’assaut en guerriero de l’espace public refusé aux invisibles, par une armée d’ombres surgissantes la nuit au cœur des villes.

Ce mouvement pris naissance dans les quartiers pauvres d’Angleterre, les premiers touchés par la crise industrielle qui frappa l’Occident dans les décennies qui suivirent la deuxième guerre mondiale, regardée ici comme le crépuscule de l’Occident. Il se développa en réaction à la mise à l’écart des ouvriers démobilisés et mis au rencard dans de sordides banlieues déshéritées. Il se propagea ensuite aux USA en accompagnement du RAP notamment, dans la zone de Détroit, frappée de plein fouet dans la foulée par la crise automobile aux USA, d’où il essaima sur la terre entière porté par les ondes et les airs.

Quelle ville aujourd’hui n’arbore pas ses sigles de résistance et de combat dans les Zones Z des habitats et au détours des rues ? A plus forte raison, les métropoles, symboles et lieux de concentration de tous les pouvoirs, encerclées de banlieues et bidonvilles dortoirs où s’entassent les déshérités de la terre.

On retrouve trace des formes et signes de la guérilla teinté de ce “noir pirate” aujourd’hui, sur le terrain social avec le mouvement des BLACK BLOC en rue, et les lanceurs d’alerte qui se font hackers sur l’internet, pour contrer les géants de la mondialisation qui promettent l’extinction de toutes les singularités pour nous faire tous entrer dans le moule du contrôle et de l’uniformité. Mutation des combats et des terrains de lutte qui témoigne de la persistance de cette idée et de ce mode de résistance depuis la nuit des temps.

Des raids de l’Odyssée dans l’antiquité, au razzia pour le Butin dans les déserts d’Arabie au VIIème siècle, en passant par l’épopée du roi David, les résistances armées à Rome aux frontières de son empire de la Judée à la Germanie, les excursions Viking et les hordes de barbares qui envahirent l’Europe à la suite, qu’elle fleurisse sous la plume de mythes et de récits ou qu’elle se notifie comme fait historique, la guérilla a toujours surgi comme mode de revendication ou de combat de petites armées déterminées contre une puissance fortement et fermement établie. C’est le mode de combat du faible en nombre et du condamné à la nuit, et le monde où se retrouvent pêlemêle aspirants à la liberté et parias en fuite.

A suivre de plus près son fil dans l’Histoire moderne, on pourra constater, que de la même manière que les idéaux libérateurs et libertaires issus du siècle des Lumières, qui ont enflammé les révolutions et mouvements sociaux fin XVIIIème et XIXème siècle dans les villes et porté la philosophie anarchiste et l’idéal d’une république égalitaire, ont d’abord été recherchés et expérimentés en mer, tout au long des XVIIème et XVIIIème siècles par les équipages et colonies flibustières et les vaisseaux et havres de pirates, qui ont fleuri un temps, sur les eaux des côtes des Antilles aux côtes de Madagascar (Libertalia, l’ile de la Tortue, etc.), l’art de la guérilla qui s’est inscrit “historiquement” dans les mémoires, en notre ère moderne par les espagnols face à Napoléon qui envahit leurs terres début 19ème comme rappelé en exergue de cet article, fut en réalité généralisée AVANT non sans efficacité, par ces pirates et flibustiers qui se mirent écumer les mers et fonder des ilots de libres et d’égaux, à partir du17ème en ces siècles de pillages et de conquêtes guerrières.

Un jalon présenté comme historique conforté par des sources que certains qualifieraient de fantaisistes, complotistes ou de “terrorisme de la pensée” selon, qui entend émettre et défendre l’hypothèse que la Liberté s’est d’abord enfantée et éprouvée au Large de terres lointaines, avant de s’implanter en Europe terrienne pour révolutionner les sociétés.

L’art de surgir de nulle part et de s’attaquer avec de petites embarcations à des mastodontes des mers avant de s’évanouir dans la brume, en jouant des effets de surprise et de mise en scène, de brandir le noir et le crane pour dire “la liberté ou la mort” et d’attribuer à chacun part égale du butin, résonnent en effet très familièrement avec l’art de la guérilla et les aspirations libertaires et anarchistes qui se développeront un siècle plus tard dans les campagnes et villes européennes.

Les attaques en mode razzia contre les vaisseaux des grandes puissances maitresses des mers, qui prenaient possession, en ce temps de genèse de la mondialisation actuelle, de tous les pays de la Terre, pour asservir les peuples et exploiter leurs richesses premières, étaient pour certains équipages, le seul et unique moyen de subsister et de faire vivre leur économies locales et isolées sur le mode d’une fraternité égalitaire qui ignoraient les races et les degrés, en des temps où les monarchies absolue et suprémaciste faisaient prévaloir une très forte hiérarchie sociale et une exploitation de la base.

En ces temps où l’esclavage et le servage était de mise, il est intéressant de noter que ces ilots de fraternité égalitaires et ces équipages étaient pour une grande part peuplés de marins de métier démobilisés, de nobles désargentés, d’aventuriers et de repris de justice en fuite et pour près de la moitié, d’anciens esclaves noirs affranchis ou révoltés.

Le Noir brandi par pirates et flibustiers, un geste de non-couleur comme un poing levé face à la supériorité de la blancheur revendiquée par les peuples européens soumis à la royauté ? Le drapeau noir, autant un acte politique qu’un geste artistique ! La mise en scène jusqu’à celle de la Terreur dans les attaques était monnaie courante chez ces flambeurs flamboyants. Ou quand l’art de la guérilla avant l’heure se faisait art tout court et BUZZ.

Barbe-Noire, l’un des fameux pirates entrés dans la légende des mers, en premier chef avait coutume de soigner ses apparitions et la communication autours de ses faits d’armes, pour semer la panique dans les rangs de ses ennemis et alimenter sa réputation. Il arborait furieusement dans les prises d’assaut, costumes extravagants, lames en tous sens, mèches enflammées dans sa barbe et lots de cranes pendant à sa ceinture qui lui donnait des airs de diable. Il profita d’un premier carnage non-maitrisé de son équipage dont il exagéra sciemment l’horreur dans la communication des faits, ne laissant aucun autre survivant que terrorisé pour en témoigner jusqu’à laisser courir le bruit qu’il était cannibale et que son équipage “de sauvages” mangeaient la chair de leur prises, pour se faire une réputation de terreur innommable dans les ports et sur les mers. A la suite de ce premier jet de flammes infernales, sa seule réputation faisait trembler les équipages de toutes les mers, et sa vie durant, il n’eut à livrer que très peu d’attaques résolument meurtrières. La plupart des vaisseaux attaqués baissaient les armes avant l’abordage à la seule vue de son enseigne rouge sang (code couleur pour signifier qu’aucune vie ne sera épargnée) surgissant à l’horizon, par crainte d’être mis en bouillie par une bande de rastaquouères en furie. Note sur la couleur des drapeaux pirates : le noir signifiait mise à sac, le rouge signifiait mise à sang. Pirates flibustiers et corsaires furent précurseurs en bien des domaines.


C’est en hommage au trésor dimagine-actionsque ces hommes qui arboraient le Noir pour couleur lors de leur montée au front nous ont légué, que nous vous proposons cette série photo de cranes rigolards et criards péchés ici et là dans des criques et des anses de la Cité corsaire, en ses parages et son Univers, à l’occasion d’un séjour pour assister au départ de voiliers vers ces rivages qui ont abrité ces pionniers de la liberté sur les mers.

Santé ! L’Univers est le nom du plus vieux café de la Cité susnommée. Il accueille sur ses murs et étagères traces de ce passé flibustier et corsaire dont quelques uns sont visibles en ces clichés. Visez et trinquez avec la Dame d’ébène à gauche comptoir si vous y mettez les pieds pour prendre un verre. Elle a traversée les mers et son regard pointe vers une toile où dansent plumes et flammèches en fête. Voyage, voyage… au delà des mers.

Des “pirates” nous ne retenons pas ici la violence meurtrière, mais l’esprit de liberté et d’insurgeance, manifesté avec joie et insolence quand il le faut, face à un monde mortifère. Et la nécessité pour tous les résistants, armée de l’ombre s’il en est, de savoir traverser le temps vêtu de noir pendant les heures sombres, où il n’est d’avenir en rose que des espoirs. Comme de surgir toujours là, où et quand l’on ne nous attend pas, pour faire retentir ses feux et faire briller ses lames de cet éclat qui ne s’oublie pas.

PIRATE de l’Art.

Vous avez dit GUERILL’ART ?
Je dis GUERRILL’ARTIST
pour faire la Nique
aux GALERY ARTISTS 

MAKE ART NOT WAR !


Eric Desneux

NB : paré pour une virée dans les marges de la Capitale pour zieuter en loucedé la GUERILLART des zartistis d'aujourd'hui ? Faites un détour par ma page FACEBOOK ÆRIK ART et matez les séries consacrées au STREET TAGS, STREET WALLS et WALL FACES.

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27 février 2024

ISOLEMENT ET EFFACEMENT


Passage au Tabac-presse. Le magazine UN me claque dans l’œil. “ISOLEMENT” EN UNE. Un mot que je reprends régulièrement en commentaires publics et sur ce site pour évoquer cette “fabrique de l’isolement” produite par les médias conjointement à la fabrique du consentement décrite et dénoncée par Noam Chomsky dans ses écrits sur la fabrique de l’Opinion et sa manipulation.


Plongé dans mes archives pour l’écriture d’un article sur la télévision et son évolution, je tombe sur ces notes prises en 2009, écrites en pleine expérience de réalisation documentaire. Ci-après leur contenu enrichi où il est question d’isolement produit par la société, et le rebond de ma pensée actuelle retrouvé dans un récent carnet. Copié-collé de propos. Jonction. Ecran-isolement, un lien évident.

J
eudi 26 novembre 2009 (carnet de bord)

Ce monde crée de l’isolement (carcéral ?) – la solitude qui s’ensuit (ressentie par un grand nombre d’individus) n’est qu’une conséquence de cette situation. Or l’homme est un être profondément relationnel. Un être doué de parole qui se crée en forgeant des liens, qui ne vit que dans la relation qu’il établit avec les autres et accessoirement le Tout-Autre – « le vrai Moi est du dehors » -.

Je dis : ce monde crée de l’isolement. Il crée les conditions d’un éloignement, d’une distanciation, d’un enfermement. Privatisation des vies, privation de l’autre. Ce monde isole les individus mentalement ET physiquement. Isolement. Isoloirs. Couloirs. Labyrinthe. Impasses, mitards. Invisibilité, mutisme.

Paradoxe : c’est aussi un monde où les hommes n’ont jamais été aussi « proches » physiquement, agglomérés dans des villes géantes dans des conditions qui frisent l’absurde. Des barres de HLM aux métros bondés, nous avons engendré un monde de plusieurs milliards individus entassés les uns sur les autres, qui vivent coupés-collés les uns contre les autres. Monde d’hommes emmurés en soi entre ses propres murs. Murs, murs. Murmures.

Des êtres-citadelles, emmurmurés en nous-mêmes,
voilà ce que nous sommes devenus.
Des murmures en citadelle

Citadelles si ternes
Cathédrale citerne

VITRE – EAU
VITRE – EUX

L’homme n’a plus que l’écran de nuit pour sortir de sa cage mentale et fuir son dortoir.
Monde éteint façonné par le technologique où tout fait écran. Tout fait « VITRE ».
Un monde de mille milliards de fenêtres aux verres teintés, opaques.
Monde de vitres-écrans qui font CACHES.

« OUVREZ ! OUVREZ VITE ! »

Quand ce n’est pas le marchand qui vend sa camelote, c’est la police qui parle comme ça quand elle débarque chez vous à l’improviste pour dévaster votre appartement et réquisitionner votre temps. Elle entend vous faire vivre dans la hantise d’être réveillé un matin, tiré de votre lit douillet et emmené menotté au poste pour un interrogatoire musclé. Où étiez vous avant-hier ? Qu’avez-vous fait de vos papiers ? Que signifie cette inscription sur votre nez ?

« Ouvrez-vite, je vous en supplie ! » Ouvrez… Quand ce n’est pas la police, c’est le désespéré poursuivi par le mal qui vient frapper à votre porte. Mais lui ne s’impose pas. Il implore. Dans les deux, OUVREZ s’adresse à une porte fermée qui protège un enclos emmuré. OUVREZ entend percer par le son de la voix derrière les murs, ce qui fait obstacle au toucher et au regard. Repli dans l’acousmatique du contact avec le dehors. Repli dans l’autisme pour échapper aux filets.

L’homme est devenu méfiant, parce que trop abusé.

Parmi les raisons de son isolement : la perte de confiance dans l’autre et ses dérivés, la défiance, la méfiance. Crainte de voir l’autre envahir sa propre vie. L’hyper proximité physique engendre par contraste, le besoin d’isolement, qui se traduit par l’aménagement d’un espace à soi, espace « vital » pour se retrouver et le ménagement de ses relations pour se retourner. Répété, quotidiennement, ce geste engendre une muraille derrière laquelle l’idiosyncrasie individuelle se réfugie emmaillotée pour vivre.

Dans une société où l’on croise mille personnes dans la journée, mille personnes que l’on ne connaît pas -une situation qui engendre (le sentiment) d’une surveillance tout les instants- le besoin d’exister pour soi, librement à l’abri des regards, devient vital. Recroquevillé, l’homme s’entortille.

Paradoxe de cette « existence sous surveillance » en permanence, l’envahissement conjoint des signes de reconnaissance et la dictature de l’apparence imposée pour prendre sa place dans le trafic de la cité. Empire des signes, emprise des publicistes. Fashion victimes.

On façonne sa vie dans l’espace public pour être remarqué comme assimilé (narcissisme et besoin de se sentir relié), mais ne surtout pas être vu tel que on est en dedans de soi.

Etre remarqué // re-marqué. MARQUé. Marqueur. Marque. Maqué.

//

On s’auto-taggue avec des marques pour exister dans le regard des autres. On se fabrique une image extérieur à soi qui n’est pas soi mais à laquelle on finit quand même par s’identifier. Et on souffre au final de cette superficialité. On, ou le règne de l’indifférencié multiplié à l’infini.

Monde schizophrène et contradictoire. Qui fait tout pour se cacher et être repéré. Nos vies ressemblent à des lambeaux de tissus fluorescents agités dans le vent que l’on voudrait faire prendre pour la réalité de nos existences. Mais à force de se confondre avec ce que on donne à voir, on se fond dans ce que la culture ambiante impose comme modes et signes de reconnaissance. On finit façonné par cette culture ambiante. On se réduit à une enveloppe vide qui ne diffuse que l’air du temps.

Le désir d’être remarqué engendre uniformité, la fusion dans le flux ambiant produit de l’effacement, comme le besoin de se retrouver crée de l’enfermement.

Uniformité, effacement, enfermement. Aspiration dans le vide ou Expiration dans le Vent ? Implosion ou explosion en vue devant ?

.

Novembre 2023. Correspondance

Isolement. Le monde cybernétique repose sur la technologie et ses possibilités sans cesse décuplées pour fabriquer cet “isolement”. S’il isole chacun devant son écran dans le but de « diviser pour mieux régner » (vieil d’adage toujours d’actualité), il se fonde aussi sur le paradigme ultime du « marketing » (science du contrôle de la consommation) enseigné dans les grandes écoles de commerce, qui est le « ONE TO ONE », la possibilité d’adresser à l’individu nommément identifié, la publicité personnelle adaptée au besoin ou désir suscité par le marché, au moment où il surgit chez l’individu concerné.

Le but poursuivi n’est pas seulement à nous isoler chacun derrière nos écrans, il est de nous tenir en laisse en contrôlant à notre insu désirs et besoins suscités et de se substituer à toute autre relation que nous pourrions avoir ou besoin d’avoir. Cookies, traces internet diverses, pubs personnalisées qui surgissent sur vos écrans attestent déjà de cette percée dans l’intimité. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Quelle contre-offensive mener pour échapper à cet esclavage généralisé qui vise à nous décharner et aspirer jusqu’à nous faire abandonner le langage, outil de pensée qui fait de nous des êtres de réflexion, d’imagination et de création, et donc de liberté, pour nous enfermer dans des relations virtuelles.

Le poétique comme recours sur le terrain de l’expression pour faire vivre en l’homme ce qu’il lui reste de forces d’expression enlevées. Le recours au poétique comme acte de résistance face au tout technologique matérialiste, fonctionnaliste et utilitariste dans lequel nous entraine à vitesse grand V la généralisation de l’AI dans tous les domaines cognitifs, à commencer par les services.

Les robots et les ordis ne sont que des outils. Ils dépasser l’homme en rapidité. Jamais ils ne pourront le rejoindre dans sa faculté de sentir et de s’ouvrir à un indicible et un invisible où se joue sa part d’humanité, Humanité où s’entend par consonance les mots humus et humer.

Eric Desneux