Pages

08 mars 2024

IN DATA WE TRUST, NOUVEAU PARADIGME


Dans Débuts du cinéma-spectacle, matrice des médias de masse, nous avons creusé la matière du film pour analyser son dire. Dicton à retenir en guise de conclusion de ce premier tir : « Dans la savane, si les lions sont rois, les zèbres font signe ».

Et la télévision dans tout ça ? Comme annoncé sur le fil nous creuserons ici son cadre pour explorer sa mire et mettre en lumière cette citation : «  faim de télévision, fin de civilisation.» avant de poursuivre notre enquête sur la fabrique de l’information pour toucher son fond. Nous insisterons surtout pour démontrer comment la télévision alliée aux nouvelles technologies de l’information, a transformé son public en plancton pour gros poissons.

Regard blanc projeté sur la matrice. Surface lisse. Une seule action pour faire couler le fluide. Du tube cathodique à l’écran plasma, la télé est semblable à un jet de lumières et de sons tout droit sortis d’un cadre vide et noir qui bave sans cesse son écume insipide, en grille. En lignes pour le cube, en pixels pour le screen. En programmes ciblés quelque soit l’émetteur qui crache sa mise pour un torpillage des mirettes et des esgourdes en escadrille.

A l’inverse du cinéma qui envoie un signal qui contient moitié de noir et rebondit sur toile avant d’être capté par le regard, face au cube cathodique ou à l’écran plat, la rétine et le tympan sont bombardés directement sans interruption par les points-lignes en plans et les ondes sonores qu’émet constamment le poste dans le champ. GANG BANG. La pornographie a tout à voir avec la télévision. Plein cadre sur l’action. Monstration. Enormité. Disproportion. Devant la télévision œil et oreille font récepteur sans discontinuité d’une monstruosité qui ne dit pas son nom.

Consternation. Le voyeur reçoit ET renvoie images et sons dans l’instant, traversé par un flux continu, ininterrompu. Le flux que je reçois sans sommation, je le renvoie instantanément pris par les émotions. Je réfléchis l’image sans réflexion. Captation des sens. Captivation de l’attention. Le dispositif télévision appelle une mise en captivité pour son émission-réception. « Mon métier c’est de vendre du temps de cerveau disponible » dixit Le Lay, en poste à TF1 face à des etudiants en Marketing-communication, entendez par là manipulation de l’opinion et des médias, venus en consultation.

Décapitation. La seule façon d’échapper au flot de l’écran télé et sa diction, c’est d’entrer en oubli ou en disjonction. Le zapping comme réponse pour garder la main sur la partition ? Ou la coupure du poste de télévision ?

Autre travers notoire du poste qui enchaîne le spectateur à la scène ? Le cinéma appelait un bain séance tenante pour faire fusion. Opéra en mode majeur en communion dans le noir de la salle. Le cinéma réunissait les foules. Il avait même son Paradis et ses enfants sans la salle, suffisamment perchés pour dominer le spectacle, ruer et huer, muter en Pégase et rejoindre les étoiles.

A l’inverse, retranché seul devant l’écran, le téléspectateur subit chaque soir le bombardement d’une boite noire dans sa cage à lumières et un reset de sa mémoire dans le murmure de sa vie emmurée entre quatre murs. Composition en mode mineur. En télévision, le bain est celui de solitudes traversées par les mille et mille rebonds que recrachent les émissions pour faire concurrence au soleil, de jour comme de nuit, dans des réduits emplis de misère. La télévision fabrique de l’isolement et du vide en boite, à répétition. La raison pour laquelle la jeunesse qui la fuit, recrée en base de liens, une structure sociale calquée sur le mode tribal ou communautaire ? Mutation des modes d’échange et de communion pour échapper aux filets tendus par les pros de la communication.


Rebonds de boucles en boucle. Bombardement de photons en plans sur planctons en plan. PAN PAN ! La redite fait la télévision. Jusqu’à épuisement des sens et du fond, pour rendre molle et malléable l’attention. “Le cinéma fabrique des souvenirs, la télévision de l’oubli”, disait Godard. « La vidéo c’est de l’eau », disait Bill viola. La télévision transformerait-elle ses affidés et aficionados en ectoplasmes pour mieux les manger sur place ? Pas étonnant qu’elle ait évolué du tube cathodique à l’écran plasma dans le salon. De bocal elle est passé à aquarium géant pour regarder passer des poissons. Le spectateur est devenu plancton. Absorption ou rejet total à prévoir en réaction ? Implosion ou explosion de la matrice en fonction ? Ecran Noir devant très sûrement. Comme au commencement.

Ce noir est déjà là au demeurant. Et il a engendré un nouveau BIG BANG. La multiplication des chaînes s’est répandue d’un coup après ouverture des ondes, éparpillant les émetteurs dans l’hyper-espace d’internet à coups de centaines de milliards d’investissement par les gros pontes des médias et de la communication. La télévision a été supplantée par les Nouvelles Technologies mais n’a pas coulé. Elle s’est fondue dans le moule avec le cinéma qu’elle avait prise dans ses filets, et irrigue les canaux désormais de sa coulée H24. Que voit-on resurgir au premier rang pour synthèse en ligne de ces mutations ? Des Netflix, des Amazones et autres géants de jungle armés, des opérateurs de téléphonie alliés avec des compagnies télés et autres créatures hybrides qui mettent le cinéma et les news les plus saillantes en avant, posés comme des petites galettes à ramasser. Hansel et Gretel toujours d’actualité. la télévision, une sacrée cuisine, ou règne en maitre le narratif ou story-telling. ! Tous les médias sans exception, y compris ce site, sont des scènes de théâtre. Nous aborderons plus amplement cette aspect dans la deuxième partie de cette démonstration à charge.

Changement de paradigme. Le cinéma projetait, la télévision bombardait, Internet tisse. Mais le vide créé subsiste. Fil à suivre avec l’araignée comme piste ? Spiderman, vous connaissez ? Un autre succès du box office ET de la télé. Un signe antique pour dire que ce curieux animal ne faisait qu’attendre, tapi dans le noir pour surgir et rafler la mise ? Gare au gorille ! Car cette créature fort instructrice a aussi sa face cachée annoncée au cinéma pour nous dire… Attention vous pouvez tout autant finir emmailloté et sucé de toute votre moelle, que étoilé(e). Le monde cybernétique prend aujourd’hui l’homme et sa la liberté dans ses fils et pointe son dard pour l’effrayer et l’assoupir. L’inconscience des captifs emmaillotés dans ses fils est sa tache son objectif, pour en aspirer la moelle et pantomimer les vies.

La manipulation, voir l’exemple décrit dans l’article qui complète celui ci, Manipulation Master, a connu bien des évolutions depuis jusqu’à passer au stade de l’auto-conditionnement et l’auto-suggestionnement des captés. Le numérique a démultiplié les possibilités de manipuler les hommes. On est passé de l’exploitation de l’homme par l’homme au conditionnement de l’homme par l’homme. L’évolution des savoirs et des technologies permet désormais de mettre en œuvre le “paradigme ultime” de la communication-marketing : le « ONE to ONE », la possibilité de créer une adresse individualisée à partir de toutes les informations collectées sur chaque un avec les appareils électroniques connectés. Jadis, il fallait 1000 tracts dans les boites aux lettres pour toucher un captif et faire une vente hasardeuse, et dépenser des millions d’euros en spot TV pour toucher des millions de spectateurs cloués devant le poste. Sans jamais identifier aucun d’entre eux. Aujourd’hui, l’internet et l’iA permettent de cibler individuellement chacun, au moment opportun de surcroît, jusque dans ses déplacements, au travail ou en loisirs, de jour et de nuit, au pays ou à l’étranger.

Tout fait trace et alimente la machine. IN DATA WE TRUST telle est leur insigne. Note pour saisir la portée de ce graph qui fait signe, IN GOD WE TRUST est la devise qui figure sur les billets de dollars américains. La Data est devenu le nouveau Dieu comme la première source du Capital mondialisé. Mais aussi la matrice à investir pour y poser ses vers en ligne. Mise en pratique de la théorie de la déconstruction de Derrida et son noyau central sur lesquels nous reviendrons pour retourner la situation. Tout système a une faille et incorpore en son sein dès sa conception et sa mise en place, le mécanisme qui le fera basculer quand il sera à son faîte. Roue de la Création. Loi du contraste qui structure l’univers. L’homme et ses réalisations n’échappent pas à la règle.

Jadis cloués sur place, plombés par des mires en barres, les télé-spectres-acteurs d’aujourd’hui embarquent leur poste pucé dans leur poche. Mouchardés, ils sont surveillés dans leurs moindres faits et gestes, pistés, traqués, les données sont enregistrées, stockées, étudiées, analysées, remâchées, recrachés. Qui n’a pas reçu de google le décompte de ses trajets  de l’année, du mois pour signifier que rien n’échappe à la Matrice ? Quelle chaîne ou site ne garde pas trace de tous nos zaps et toutes nos entrées et ne nous propose pas ses sujets personnalisés ? Pensées et mouvements. Idées et et actions. Manipulation à fond. La télévision de papa encageait. La télévision connectée, relayée et déployée sur la Toile, s’immisce dans l’intimité des vie pour capter attention et données, nous réduire à des noyaux larvaires à sucer. Pour nourrir qui, quoi ?

Qu’opposer au venin de ce dard mortel sinon des prises d’Ær ? Libre comme l’air, libre comme l’Art ? GO GO GO D’ART ! PASS FREE ART, ART PASS FREE. FREE ART PASS, Nous reparlerons de ces mots-ci en évoquant notamment GODARD et son Adieu au langage. Plus d’un changement de paradigme s’opèrent en ligne ON SCREEN. Le cinéma portait en lui tout cela. Ne fut-il pas Matrice sur écran dont nous sommes sortis ? Les écrans pansaient nos plaies, les screens les criblent, ramenant les images à des éclairs et les sons à des cris. Effilochage et éclatement de la pensée prise en otage. Noyautage et concaténation du Dire. Fin du langage discursif. Explosion de la mire et du langage pour finir. L’IA pour commencer quia pris son envol depuis quelques années et qui s’invite systématiquement désormais dans tous les services proposés, de l’écriture d’un mail aux services administratifs en société en passant par l’achat d’un bien ou la recherche d’un contenu sur le net. Bienvenue dans la Matrice !

La suite de cette réflexion se poursuivra en se plongeant dans la fabrique de l’information, pour mieux saisir cette faim de télévision qui nous entraine vers une fin de civilisation, et l’ouverture créée par toutes ces évolutions.


Eric Desneux

27 février 2024

ISOLEMENT ET EFFACEMENT


Passage au Tabac-presse. Le magazine UN me claque dans l’œil. “ISOLEMENT” EN UNE. Un mot que je reprends régulièrement en commentaires publics et sur ce site pour évoquer cette “fabrique de l’isolement” produite par les médias conjointement à la fabrique du consentement décrite et dénoncée par Noam Chomsky dans ses écrits sur la fabrique de l’Opinion et sa manipulation.


Plongé dans mes archives pour l’écriture d’un article sur la télévision et son évolution, je tombe sur ces notes prises en 2009, écrites en pleine expérience de réalisation documentaire. Ci-après leur contenu enrichi où il est question d’isolement produit par la société, et le rebond de ma pensée actuelle retrouvé dans un récent carnet. Copié-collé de propos. Jonction. Ecran-isolement, un lien évident.

J
eudi 26 novembre 2009 (carnet de bord)

Ce monde crée de l’isolement (carcéral ?) – la solitude qui s’ensuit (ressentie par un grand nombre d’individus) n’est qu’une conséquence de cette situation. Or l’homme est un être profondément relationnel. Un être doué de parole qui se crée en forgeant des liens, qui ne vit que dans la relation qu’il établit avec les autres et accessoirement le Tout-Autre – « le vrai Moi est du dehors » -.

Je dis : ce monde crée de l’isolement. Il crée les conditions d’un éloignement, d’une distanciation, d’un enfermement. Privatisation des vies, privation de l’autre. Ce monde isole les individus mentalement ET physiquement. Isolement. Isoloirs. Couloirs. Labyrinthe. Impasses, mitards. Invisibilité, mutisme.

Paradoxe : c’est aussi un monde où les hommes n’ont jamais été aussi « proches » physiquement, agglomérés dans des villes géantes dans des conditions qui frisent l’absurde. Des barres de HLM aux métros bondés, nous avons engendré un monde de plusieurs milliards individus entassés les uns sur les autres, qui vivent coupés-collés les uns contre les autres. Monde d’hommes emmurés en soi entre ses propres murs. Murs, murs. Murmures.

Des êtres-citadelles, emmurmurés en nous-mêmes,
voilà ce que nous sommes devenus.
Des murmures en citadelle

Citadelles si ternes
Cathédrale citerne

VITRE – EAU
VITRE – EUX

L’homme n’a plus que l’écran de nuit pour sortir de sa cage mentale et fuir son dortoir.
Monde éteint façonné par le technologique où tout fait écran. Tout fait « VITRE ».
Un monde de mille milliards de fenêtres aux verres teintés, opaques.
Monde de vitres-écrans qui font CACHES.

« OUVREZ ! OUVREZ VITE ! »

Quand ce n’est pas le marchand qui vend sa camelote, c’est la police qui parle comme ça quand elle débarque chez vous à l’improviste pour dévaster votre appartement et réquisitionner votre temps. Elle entend vous faire vivre dans la hantise d’être réveillé un matin, tiré de votre lit douillet et emmené menotté au poste pour un interrogatoire musclé. Où étiez vous avant-hier ? Qu’avez-vous fait de vos papiers ? Que signifie cette inscription sur votre nez ?

« Ouvrez-vite, je vous en supplie ! » Ouvrez… Quand ce n’est pas la police, c’est le désespéré poursuivi par le mal qui vient frapper à votre porte. Mais lui ne s’impose pas. Il implore. Dans les deux, OUVREZ s’adresse à une porte fermée qui protège un enclos emmuré. OUVREZ entend percer par le son de la voix derrière les murs, ce qui fait obstacle au toucher et au regard. Repli dans l’acousmatique du contact avec le dehors. Repli dans l’autisme pour échapper aux filets.

L’homme est devenu méfiant, parce que trop abusé.

Parmi les raisons de son isolement : la perte de confiance dans l’autre et ses dérivés, la défiance, la méfiance. Crainte de voir l’autre envahir sa propre vie. L’hyper proximité physique engendre par contraste, le besoin d’isolement, qui se traduit par l’aménagement d’un espace à soi, espace « vital » pour se retrouver et le ménagement de ses relations pour se retourner. Répété, quotidiennement, ce geste engendre une muraille derrière laquelle l’idiosyncrasie individuelle se réfugie emmaillotée pour vivre.

Dans une société où l’on croise mille personnes dans la journée, mille personnes que l’on ne connaît pas -une situation qui engendre (le sentiment) d’une surveillance tout les instants- le besoin d’exister pour soi, librement à l’abri des regards, devient vital. Recroquevillé, l’homme s’entortille.

Paradoxe de cette « existence sous surveillance » en permanence, l’envahissement conjoint des signes de reconnaissance et la dictature de l’apparence imposée pour prendre sa place dans le trafic de la cité. Empire des signes, emprise des publicistes. Fashion victimes.

On façonne sa vie dans l’espace public pour être remarqué comme assimilé (narcissisme et besoin de se sentir relié), mais ne surtout pas être vu tel que on est en dedans de soi.

Etre remarqué // re-marqué. MARQUé. Marqueur. Marque. Maqué.

//

On s’auto-taggue avec des marques pour exister dans le regard des autres. On se fabrique une image extérieur à soi qui n’est pas soi mais à laquelle on finit quand même par s’identifier. Et on souffre au final de cette superficialité. On, ou le règne de l’indifférencié multiplié à l’infini.

Monde schizophrène et contradictoire. Qui fait tout pour se cacher et être repéré. Nos vies ressemblent à des lambeaux de tissus fluorescents agités dans le vent que l’on voudrait faire prendre pour la réalité de nos existences. Mais à force de se confondre avec ce que on donne à voir, on se fond dans ce que la culture ambiante impose comme modes et signes de reconnaissance. On finit façonné par cette culture ambiante. On se réduit à une enveloppe vide qui ne diffuse que l’air du temps.

Le désir d’être remarqué engendre uniformité, la fusion dans le flux ambiant produit de l’effacement, comme le besoin de se retrouver crée de l’enfermement.

Uniformité, effacement, enfermement. Aspiration dans le vide ou Expiration dans le Vent ? Implosion ou explosion en vue devant ?

.

Novembre 2023. Correspondance

Isolement. Le monde cybernétique repose sur la technologie et ses possibilités sans cesse décuplées pour fabriquer cet “isolement”. S’il isole chacun devant son écran dans le but de « diviser pour mieux régner » (vieil d’adage toujours d’actualité), il se fonde aussi sur le paradigme ultime du « marketing » (science du contrôle de la consommation) enseigné dans les grandes écoles de commerce, qui est le « ONE TO ONE », la possibilité d’adresser à l’individu nommément identifié, la publicité personnelle adaptée au besoin ou désir suscité par le marché, au moment où il surgit chez l’individu concerné.

Le but poursuivi n’est pas seulement à nous isoler chacun derrière nos écrans, il est de nous tenir en laisse en contrôlant à notre insu désirs et besoins suscités et de se substituer à toute autre relation que nous pourrions avoir ou besoin d’avoir. Cookies, traces internet diverses, pubs personnalisées qui surgissent sur vos écrans attestent déjà de cette percée dans l’intimité. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Quelle contre-offensive mener pour échapper à cet esclavage généralisé qui vise à nous décharner et aspirer jusqu’à nous faire abandonner le langage, outil de pensée qui fait de nous des êtres de réflexion, d’imagination et de création, et donc de liberté, pour nous enfermer dans des relations virtuelles.

Le poétique comme recours sur le terrain de l’expression pour faire vivre en l’homme ce qu’il lui reste de forces d’expression enlevées. Le recours au poétique comme acte de résistance face au tout technologique matérialiste, fonctionnaliste et utilitariste dans lequel nous entraine à vitesse grand V la généralisation de l’AI dans tous les domaines cognitifs, à commencer par les services.

Les robots et les ordis ne sont que des outils. Ils dépasser l’homme en rapidité. Jamais ils ne pourront le rejoindre dans sa faculté de sentir et de s’ouvrir à un indicible et un invisible où se joue sa part d’humanité, Humanité où s’entend par consonance les mots humus et humer.

Eric Desneux

21 février 2024

JUST A MINUTE - CARRÉ NOIR

 


Inauguration du fil TV avec un nouveau concept d’émission : JUST A MINUTE (Juste une minute).

Juste UNE minute comme le nom l’indique, pour découvrir une œuvre, un lieu, un évènement, une rencontre… Que sais-je encore ? Tout ce qui s’offre à mon regard et percute ma rétine.

Excavation de rushes tournés lors de l’exposition sur les sources de l’art moderne qui s’est tenue à Beaubourg en mars 2004, montage cut, habillage graphique et mix sonore pour enrober les images.

ENJOY !




Anciens commentaires______________________________________________________


19 février 2024

MURS PAS SAGES


Passage au noir

passage des murs,
même courbure
.

Au ras des mots
Le Fond refait surface
Et clashe.

Les murs ça sert à quoi ?
A être escaladés
ou à être taggués ?


Et DIEU dans tout ça ?
C’est pour les purs
ou pour les cons ?

ATTENTION “ZONE ‘ ART” !
Ou serait-ce ZONE HARD
Pour les ZONARDS ?

ROULEZ AU PAS SAGE

AU ZIEUTAGE DES SIGNES
DE PASSAGE SUR PALISSADES

CERTAINS FONT OUTRAGE
D’AUTRES FONT OMBRAGE
TOUS SONT PASSES D’ARMES

“Sur les murs des villes poussent mille et uns cris.
Combien les entendent, combien les comprennent ?
Combien se meurtrissent ?

**

Ci-après une sélection de clichés captés sur le vif sur les murs de Paris, extrait de l'ALBUM STREET WALLS publié sur ma page FACEBOOK ÆRIK ART dédiée à mes créations picturales et photographiques.



18 février 2024

L'ÉTERNITÉ


Pouvons nous seulement concevoir ce que pourrait être l’Eternité, en l’absence d’expérience de sa Nature propre, eu égard les réelles possibilités qui sont les nôtres pour l’approcher, à savoir le langage et la pensée, eux-mêmes issues de notre finitude mortelle ?

L’Éternité.

Une somme des moments de très haute intensité vécues dans l’Existence, instants brefs mais étalés, car forts d’une Présence qui les emporte hors du temps et les fait voyager, dans nos mémoires pour commencer. Mémoire, mémoire…

Certains poètes parviennent à élever leurs chants pour garder mémoire de hauts faits ou de hautes pensées, et alliant leur art à la vie de ces choses, forgent une parole ou forment un écrit qui traversent les âges, comme ceux d’Homère ou Virgile. Le propre des poètes n’est-il pas de dépasser les limites du langage par les voies du langage lui-même, pour exprimer l’inexprimable et rejoindre l’universel, l’immémoriel ? Faire passer le hors-langage pour ainsi dire ?

Se faire une âme (Rev. d’Arès 4/6) ou se faire âme, ne serait-ce pas, dans un processus similaire, chercher à se faire un hors-corps incorporel qui dépasse le corporel lui-même pour exprimer la Vie atemporelle qu’il contient potentiellement en lui, en empruntant les voies du corporel, mais dans le Temps pour finir ? Dire en conséquence que le corporel incorpore la possibilité de l’incorporel et peut même produire de l’incorporel, nous amène à considérer le Temps comme pouvant incorporer du Hors-temps et pouvant le faire sortir de lui-même.

Le faire sortir ou le rejoindre ? Ou bien encore, sortir pour le rejoindre ? Si Temps et Hors-temps sont deux mondes distincts, alors nous pouvons les concevoir l’un et l’autre comme vivant ensemble dans la dynamique précitée dans un Tout, lui-même à considérer au delà du Temps et du Hors-Temps, mu par cette circulation qui les comprend tous deux en son sein, sein, soit dit en passant, dont on ne sait quelle forme il ni à quel Corps plus vaste il appartient. Pouvoir tendre hypothétiquement l’horizon de sa possibilité est notre seul soutien.

Qu’est ce qui nous est vraiment extérieur et hors de nous même, et comment l’envisager en pensée, dès lors que notre pensée est produite par et pour notre propre finitude ? Notre Pensée, outil pour se dégager, structurée par le langage, incorporerait-elle en elle même, le non-pensable ou sa possibilité ? Il nous faut l’envisager. Que serait le non-pensable alors ? A moins de sortir du langage et de la Pensée elle-même. Pour entrer dans quoi pour solutionner le problème ? Vaste question qui tend l’arc de notre perception, que nous reprendrons en article de fond.


En attendant, ce poème d’Arthur pour voyager haut et méditer la question.

“Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.”

L’Eternité
Arthur Rimbaud

16 février 2024

FACES


Plongée en ART pour cette fin de semaine

Déliés dorés dialoguent avec MASSES bleutées

Reprise des visages de TRAITS LIBRE
Croqués au cours d’un voyage en métro
Avec dessins au lasso pour faire FACES

Tremblement de la ligne pour dire l’ineffable
Jeu de pleins et vides pour cerner l’invisible

Passage(s) dans l’image.

Visages parlent. Regards pensent. Fées voyagent
Evocation la Psyché et ses fantasmes

Carnet de dessins de mars 2010 numérisés et colorisés en février 2024 en mode capture d'écran sur ce site, consultables image par image en pleine résolution dans l'ALBUM FACES publié sur ma PAGE FACEBOOK ÆRIK ART dédié à mes créations picturales et photographiques.

2010-2024 ©  Eric Desneux / ÆRIK . Tous droits réservés

Anciens commentaires______________________________________________________

12 février 2024

TRAITS LIBRES


Dessins à main levée scannés, blanchis, restitués “brut de fonderie” avant passage à l’établi.

Croquis de visages dans le métro parisien aux heures de pointe.

Si la vie ne tient qu’à un fil, qu’en est-il du cours de “notre histoire” ? “Joie miracle” entame ce fil.
Plongée dans l’intimité de visages croqués sur le vif d’un seul trait à main levée, le stylo courant librement sur le papier, l’œil tendu vers son sujet.

Double page. Dialogue entre une image et le tracé en miroir de la précédente.
Texte relevé à l’image pour marquer l’intonation du voir.

Carnet de dessins de mars 2010 numérisés et colorisés en février 2024 proposé en mode capture d'écran, consultable image par image en pleine résolution dans l'ALBUM TRAITS LIBRES publié sur ma PAGE FACEBOOK ÆRIK ART dédié à mes créations picturales et photographiques.


2010-2024 ©  Eric Desneux / ÆRIK . Tous droits réservés

Anciens commentaires______________________________________________________

ZOOM SUR TAGS


C’est dans la rue que se repère les styles et tendances à venir.

C’est dans la rue que se signent cris sourds et rage de dire.

Premier des jets, le trait.
Premier des sons, le CRI.

Je taggue, je me signe
Je m’approprie la ville


Le TAG

Art de rue ou vandalisme de biens publics ?
Signalétique sauvage pour les rodeurs de nuit
ou marquage de territoire à la mode canine ?

Pas de réponse ici.
Juste un regard sur ce qui a besoin du noir pour sortir
Et de murs pour s’offrir

LE TAG, , un CRI DE NUIT

Ci-après une sélection en mode capture d'écran de quelques STREET TAGS consultable sur ma page FACEBOOK ÆRIK ART dédié à ma création photographique et picturale.

Anciens commentaires______________________________________________________




11 février 2024

PROJECTION CINÉ VERSUS CHOSIFICATION TV

 


Écran de cinéma. PROJECTION

Au cinéma il y a le spectateur
et il y a l’écran qui l’irrigue.
Face à Face. Qui domine ?

Ecran blanc, image plan.
Salle obscure, seul devant.

DISTANCE
Profondeur de champs

Ecran scintille
Oreilles tintent
Yeux brillent

Larmes perlent
Ciels, les cils !

Rencontre dans un nuage.

Véritable espace de projection où se moire indistinctement le for intérieur du regardant et le feu des images du film. Spectateur, spectre-acteur. Cinéma, champs d’expériences matricielles. Son porteur. Lumière JOUR. Contours flous. Narration liante. Rencontre, fusion des effusions. Forge d’émotions et de souvenirs. Naissance d’une image-film. Celle que l’on gardera imprimée à vie sur la rétine.

Voile fragile faseille dans le regard. Lumière scintille sur cil. Lumière voyage.
FLASH quand l’imprimé refait surface et claque la mémoire.

IMAGE !
SIGNE
PASSAGE


/

Écran de télévision

Telle est vision :

CHOSIFICATION

La télévision fait boite dans l’espace.
Arêtes nettes. Peau froide. Écran lisse

OFF.
Noir de vitre
Œil blafard dans la pièce
Regards et reflets s’esquivent.

ON.
Éruption continue,
Bouche disjonctive.
Son crache. Lumière bave
Défilement de lignes en pile
Bombardement d’éclats de signes


TV enferre image en cadre
TV sert programmes en chaines
TV découpe horaires en cases
TV débite H24 flot en direct

TV cible public, TV capte attention
TV hyper-cut ses flashs en pleine tête
TV bruite sans cesse

Yeux plissent, oreilles s’ensablent
Ecoute se lasse, pensées s’épuisent
Morts se prélassent, vies s’amenuisent

TV comprime le voir en lignes
TV compresse la vie sous vide
“TV vend du temps de cerveau disponible”

TV chosifie la diff et celui qui se laisse prendre ses fils
TV emmaillote, TV aspire, TV dessèche, TV momifie
TV tronçonne et comprime la vie en gros plans vils
TV découpe, TV réduit, TV nanifie, TV monstrifie

TV, TiVi
PTI VIT!
T’Y VIS
TIT’ VIE.


ECRAN PLAT
BUFFET FROID
|
ECRAN LARGE
BOUFFÉE D’ART




Anciens commentaires______________________________________________________

10 février 2024

LE SUPRÉMATISME DE MALÉVITCH, UN NIHILISME TRANSFIGURÉ ?


La charge de la cavalerie rouge de Malevitch (peint vers 1932)

Carré noir pour le weekend. Le geste iconoclaste et révolutionnaire de Malevitch annoncé sur ce site, surgit dans les pages d’un dossier d’études d’art écrit en 1990.

TELECHARGER LE DOSSIER SUR MALEVITCH (1990 © Eric Desneux)

Revu, augmenté et annoté, enrichi d’images, il vaut pour la candeur du regard d’un jeune étudiant qui découvre les avant-gardes russes du début du 20ème siècle, en plein bouleversement mondial après la chute du Mur de Berlin en 1989, évènement qui fera plus que marquer les esprits, puisqu’il provoquera l’éclatement de l’Empire soviétique et confortera l’Amérique dans son hégémonie capitaliste.

Outre l’œuvre et la pensée de l’artiste russe, il me donne à lire à l’aube de mes 20 ans, tout juste avant la découverte de la foi, après avoir perdu foi en un idéal politique et les voies d’action de la gauche radicale, un temps entrevues comme voie d’engagement combative pour changer le monde, abandonnées depuis. Il signe aussi la persistance des sujets qui animent mes pensées et recherches depuis longtemps et qui fleurissent aujourd’hui sur ce site, alors même que je revisite plus de 30 ans d’archives littéraires et de réalisation filmique, en naufragé d’un monde qui peine à entendre ses artistes.

S’agissant d’un travail réalisé dans le cadre d’un cours optionnel dans une école de Commerce il y a maintenant plus de 30 ans, et qui ne peut pour cette raison prétendre, ni à la rigueur scientifique, ni à la maturité d’un regard averti et aguerri ce document de jeunesse inédit est diffusé librement hors commerce, dans le but de faire découvrir cet artiste russe qu’est Malevitch dont la pensée et l’œuvre ont marqué le XXème siècle, bien au-delà des frontières de la Russie. La Russie dont les liens avec la France ne sont pas en reste, comme on peut le lire dans ce texte qui signe en filigrane, mon attachement à cette culture ce peuple et ce pays qui n’a eu de cesse de nourrir par ses artistes penseurs et écrivains, ma pensée et mon cheminement d’homme et d’artiste depuis.

Rien de politique dans ce geste en nos temps troublés par la montée en puissance de la Russie avec la Chine face à une Europe désarmée et des Etats-Unis au bord de l’implosion démocratique. Ce travail s’inscrit dans une quête hors les siècles. L’Amérique n’est pas et ne sera pas en reste au demeurant sur ce site. Elle a elle aussi ses écrans noirs magiques d’où sont sorties couleurs formes et lumière en fête.

A l’époque du Carré Noir en 1914, outre atlantique, Windsor MacCay, crée Gertie le Dinosaure, le premier film d’animation mettant en scène un personnage en animant un simple trait noir sur fond blanc à l’image. Du Carré Noir au Dinosaure, n’y a t-il pas un curieux écho à l’univers primitif et pariétal qui signe les premiers temps de l’humanité, et renvoie à l’aube de temps nouveaux après destruction d’un monde ancien ?


Au Dinosaure de 1914 en phase avec le Carré Noir, répond en 1919 quand surgit sous les pinceaux de Malevitch en Russie le Carré blanc sur blanc, le noir de noir Felix le Cat d’Otto Mesmer, petite bombe animée qui ouvrira le bal de tous les fuselards en fusée d’Hollywood, au pays des gros cigares et des jolis pépés. A chacun sa sortir du NOIR !


A bientôt pour de nouvelles sorties et Bonne lecture en attendant, pour ceux qu’une quête de l’absolu intéresse. Qui dit suprématiste dit Super Sup’ de Crême, L’artiste !


Eric Desneux

Note : le document mis en ligne sous forme de pdf téléchargeable est un travail d'étudiant sur l'œuvre de Malévitch écrit en 1990 dans le cadre d'un cours sur l'Art Moderne à l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris. 

06 février 2024

NOIR DES ESPOIRS

 

Carré Noir sur fond blanc de Malevitch (1914)

Le noir n’est pas soluble. Mais il est explosif... et recouvrable

Celui qui entreprend de se fondre dans le degré zéro des formes des idées des couleurs (je pense à Malevitch et son nihilisme transfiguré, carré noir en 1914, blanc sur blanc en 1918, architectones dans les années qui suivirent) touche le point d’irréductibilité de l’être. Départ d’un possible Infini.

« Je me suis fondu dans le degré zéro des formes, j’ai percé l’abat-jour bleu des limites de la couleur, j’ai pénétré dans le blanc ; A coté de moi, camarades pilotes, naviguez dans cet espace sans fin ; La blanche mer s’étend devant vous. ». Malevitch à propos du suprématisme, point d’expansion de l’art dit “abstrait” en peinture qui inondera le XXème siècle et transformera toute l’approche de l’Art.

Révolution. Exit la toile de chevalet et le bloc de marbre, l’art va investir tous les domaines jusqu’à l’espace et l’informel. Pas d’art conceptuel (inauguré avec Duchamps en 1917), de Pollock et ses projections géantes à même la toile étendue au sol (dans les années 50), d’art brut (le carré noir fut peint sur un bloc de pierre) ou de Pont Neuf emballé par Christo (dans les années 80), sans Carré Noir en 1914.

Alors la fin de notre monde et de notre histoire qui nous annonce bien des plongées dans le Noir…. promet en retour à ceux qui franchiront la passe bien des espoirs. Poursuite en pensée avec Jacques Derrida ? “La Déconstruction n’est pas destruction, c’est un OUI à la VIE”! Déconstruction du langage ? Fin de l’hégémonie du langage discursif. OUI au retour des mots-sons sur ces pages pour faire Signe.

RETOUR de LA VOIX en ligne ? A SUIVRE… Si dans le NOIR l’on ne voit pas, l’on peut toujours ouvrir l’oreille au Vent et sentir passer les Cîmes.

Eric Desneux

Anciens commentaires______________________________________________________