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26 janvier 2024

PERSISTANCE DES LUCIOLES



 “Empli
de ténèbres
je chasse les lucioles

Kawahara Biwao
in Anthologie du poème court japonais
(Poésie Gallimard)



“Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au couchant”

Crowfoot, porte parole de la tribu des Blackfeet
in Pieds nus sur la Terre sacrée, de Mc Luhan et S. Curtis
(Denoël)

“Les lucioles n’ont disparu qu’à la vue de ceux qui ne sont pas à la bonne place pour les voir émettre”

Georges Didi-Huberman
in Survivances des lucioles
(Editions de Minuit)

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ÈRE DE VOLCAN



“L’écho

l’écho
qui joue
à répéter plus fort
plus fort
plus fort
plus fort

Plus fort
PLUS FORT”

Henri Michaux
Connaissance par les Gouffres

Hier soir diffusion sur un média populaire dit « libre »
D’une interview de l’historienne Annie Lacroix-Riz,
Gardienne du temple de l’historiographie communiste
Dont j’apprécie la candeur à parler de choses horribles

Écho à chaud après écoute à froid et plongée en apnée dans mes archives

Au cours d’un entretien fourni fort bien conduit
L’historienne a montré que nous sommes aujourd’hui
Dans un monde qui bascule vers la Russie et la Chine
Au bord de la guerre mondiale À CAUSE des États-Unis
Qui n’ont cessé de vouloir imposer leur hégémonie

Que cette guerre ne date pas d’hier et prend racine
Dans les décisions prises par Roosevelt et Churchill
Pendant la dernière guerre mondiale et après le conflit
Dès 1946 avec le Plan Marshall pour faire de l’Amérique
une superpuissance et de tout l’Ouest une Colonie
En déversant sur ce continent dévasté la guerre
Les surplus de son industrie et son mode de vie

Annie Lacroix-Riz précisera au passage
Après avoir notifié que le Plan Marshal
N’était pas du tout un « plan de sauvetage »
Mais un plan de bataille comme précédemment dit,
Que si les Ricains ont accepté en France de soutenir
Le trublion De Gaule qui ne manquait pas de répartie
C’est parce qu’il était comme eux, anti-communiste

Qui niera en effet que d’Oslo à Séville
De Brest à Berlin en passant par Paris
Les USA ont déversé des décennies durant
Plus que des dollars, plus que des produits
Ils ont étendu leur conquête tambour battant
Sur les esprits avec leurs films et leur musique
Charriant individualisme et vantant consumérisme
À tout va pour que s’auto-alimente leur Machine

Pour faire la part des choses et rendre à L’Amérique
Ce qui est à l’Amérique et à l’Histoire sa part
Il faut dire qu’en face c’était pas très jouasse
C’était la Russie de STALINE et les Goulags
L’emprise des armées soviétiques sur tout l’Est
En BLOC De Kiev à Berlin de la Mer Noire à la Baltique

En gros t’avais le choix entre servir le DOLLAR
Ou servir du “CAMARADE” en sachant que
A la table du DOLLAR comme à celle des KOM’RADES
Il n’y a qu’une poignée de Gros Lards qui mangent du Caviar
Et qu’au pays du Dol’Art le Goulag s’appelle LA MARGE
Et se vit en caves-à-combles ou catacombes
Si T en CapiTale

Brèches dans le Mur Chute brutale Explosion de l’Empire
L’URSS a sombré en 1990 et rejoint le Capitalisme
Depuis retour de Bâton, elle est en première ligne
Pour renverser le Roi-Dollar et son hégémonique
Superpuissance qui sort de la guerre d’Ukraine affaiblie
Par la montée en puissance de la Chine et des BRICS
Soutenus par les pays qui furent “anciennes colonies”

Je reviendrais plus tard sur l’occasion manquée
De tendre une main à l’URSS de Gorbatchev
Pour faire de la Russie un partenaire allié
D’une Europe sociale économiquement solidaire
Capable de vues communes et de s’éviter les guerres

Nous n’en sommes plus là aujourd’hui
Nous devons même envisager le pire
Maintenant que la Russie a rejoint la Chine
Pour faire de l’Asie le cœur du siècle à venir
Et l’Europe dans tout ça, quelles lignes en mire ?

Quelques jours auparavant sur ce même site
un plateau d’invités de choix plutôt lucides
Délibérant sur le sort de l’Occident en crise
Evoquaient la totale surprise de la Diplomatie
Des intellectuels et des élites de l’Ouest
Face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie
Et le basculement de l’Economie mondialiste

Harponné par leur lucidité tardive j’entonne à mon tour :
Ces grandes cervelles d’État
Que l’on nous sert dans les gros dit “Grands Médias”
Se seraient-elles endormies
Sur leurs Lauriers au point de n’avoir rien vu venir ?

Aveuglées par des siècles de surplomb intellectuel
Seraient-elles devenues incapables de voir et penser
Le monde ses nouveaux enjeux et fragiles équilibres ?

À moins qu’elles ne feignent la perplexité devant un public
Qui doit rester sagement assis pour faire tourner l’économie
Et continuer de plier devant le Politique ses lois et sa Police ?

De l’entretien autours de ces sujets sensibles l’on retiendra
L’interpellation à froid par une voix très claire qui rappela
Que les mêmes qui nous claironnaient fièrement hier
Que La Russie était finie et qu’elle allait perdre la guerre
Nous disent benoitement aujourd’hui que les États-Unis
Sont en train de perdre ET la guerre ET leur hégémonie

D’où ma QUESTION en relais-mire à ces Grosses têtes
Du petit Paris politico-intello-médiatique bille en tête
Qui occupent narcissiquement l’espace public
Et peinent à comprendre et dire que de chasseresse
L’Europe est devenue proie victime de ses richesses :
Que diront-ils demain si les Russes tombent sur Paris
Que les Ricains se feront la malle et nous feront la Nique ?
Prendront-ils tous la fuite avec les Riches ?

Il y a 2 ans sur cette même antenne
L’historienne vêtue du manteau d’Alice
Au pays des mères veillent avait franchi
Le miroir de l’Histoire présente à venir
Pour évoquer « une ère de volcan »
Après avoir décrit la situation critique
De l’Occident face à la main mise
Du capitalisme financier sur l’économie
Et la montée en puissance des injustices

Elle conclua à l’époque avec un sourire :
« Nous ne vivons pas un remake des années 3O
Même si à bien des égards cela y ressemble
Mais plutôt une redite des prémices de 14-18 »

Elle avait en ligne de mire la Russie de 1917
Et une possible révolution qui pourrait surgir
En France étant donné le climat politique
Et le contexte de guerre mondiale à venir

J’ai répondu à l’époque en commentaire
Dans une veine jaune fluo révolutionnaire,
Que je partageais vues et dires en dressant
Un portrait cinglant de la France en vers
Reproduit ici en complément de ma verve
Pour suivre le fil d’un changement d’ère

« Nous ne sommes pas dans les années 30
Avec l’espoir de lendemains qui chantent
Ni en 1917 en pleine guerre meurtrière
Qui ravagent peuples, pays et terres
Mais notre époque partage avec ces Antés
Des similitudes qui frappent d’emblée :

Crise sur tous les fronts de la société
Montée des fascismes en puissance
Guerre à l’Est avec une Russie acculée
Fin de l’hégémonie occidentale en latence
Essor de la Chine qui sonne sa revanche
Nous vivons bien sur les terres d’un volcan

Si à mon tour je devais passer le miroir
Revêtir le manteau d’Alice pour voir
Hors du temps l’avenir qui se dessine
Avec la vague qui monte et peut surgir
Que l’on mire vers les années 30 ou les 1O
C’est bien une guerre mondiale qui se prépare

Du XXème siècle l’Histoire nous enseigne
Que guerres sont propices aux révolutions
Que ce pays jadis si riche en proie à la ruine
Trahi par ses élites dirigeantes et la faillite
De ses institutions lourdes et moribondes
Affiche les conditions d’une forte explosion

Le petit peuple de ce pays dit France
Subit depuis des siècles le joug
De riches forces devenues rances
Qui l’ont affaissé comme un ventre mou
Mais il a gardé de sa terrible enfance
La turbulence des flots et le rouge cri

Paris Haute capitale de la Pensée jadis
Muée en catacombes des Lumières
Ne peut rester sise aux mains de commis
Vendus aux plus offrants pour du pays faire
L’aréopage choisi d’une Financière Mundi
Avide de richesses de belles et bonnes terres

En France la félonie de l’élite de ses édiles
Ne signe que la faillite de connivences
Hors-sol avec des sans-racines stériles
Murés dans leurs citadelles mutantes
Experts à dominer spolier et mentir
Mais voués à l’effondrement en puissance

Car enracinée en terre est LE pays France
Pays de blé jaune et de bleue vigne
Qui vibre aux chants et crie « Résistance »
Quand s’abat sur elle un sort indigne
Braises ses forces tapies sous la cendre
Qu’un Vent fort attise en attendant le Signe

Ami entends tu… la terre de feu trembler ?
Ami entends tu… les gens de peu monter ?


L’arme des puissants est l’Opinion menée
L’emploi d’une vile police milice armée
Pour susciter peur et résignation larvée
La fixation des prix pour ferrer enserré
Mais que pourront-ils contre un flot fluo
Quand cessera l’heure de se payer de mots ?

Eux ne savent que parler et se goinfrer
Gueux savent chanter et tout partager
Car le cœur de la France est Générosité
Ils auront bon parquer pointer affamer
Rallumer le feu de vieilleries dépassées
Ils n’éteindront pas ce qui est d’Éternité

Ce cœur de lave qui bout dans les entrailles
Garde tapies ses forces souterraines prêtes
À jaillir des tréfonds dans la Métropolitaine
Pour fondre en bloc et fouler en Joie au pied
Un monarque claquemuré dans son Palais

Que surgisse dans son Horizon juste une occasion….

Si guerres et Révolution la France doit traverser Alors
Que ce ne soit pas que pour chasser un roi du Pouvoir

Redistribuer Dîme et terres au nom d’un héritage volé
Mais bien pour changer ce monde au fond à commencer
Par ce qui gît en notre cœur pour le rendre digne et fort
De vivre 
en libres au milieu de tous en frères

Tout cela pour dire en conclusion de ces rimes
Nous vivons bien un remake des années 3O
Avec prémices de la guerre de 14-18 en prime
Sur fond de basculement des grandes puissances
Dans un pays en proie à la ruine qui attend un Signe
Pour se relever de la honte et recouvrir ses billes

Mais pour faire ce passage,
il nous faut traverser le NOIR

Ouverte la boite de Pandore,
il nous faut chasser DES ESPOIRS

Nous reviendrons bientôt en 1914,
dans le Monde des ARTS

En évoquant une œuvre forte,
qui vit et fit basculer L’HISTOIRE

J’ai nommé de MALÉVITCH
Sur fond BLANC,

LE CARRÉ NOIR

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TO ZE
USS_ART
!

23 janvier 2024

SONGE D'UNE NUIT D'AUTOMNE


Echo d’images qui me hantent depuis 25 ans. La restitution brut de fonderie d’un passage de mes carnets datant de 1990.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1990

Dans une chambre, un lit, une table, une fenêtre et un pan de mur ouvert sur le vide. Des étagères. Ma chambre. Je suis allongé sur le lit plongé dans une profonde rêverie.

Un homme. Un jeune homme qui m’a paru intelligent, ferme et décidé est entré. Si il n’y avait pas eu ce sourire qui me rappelle ceux que le diable emporte, je n’aurais peut être pas douté de lui quand il m’a dit : « je suis Jésus ; donne moi à manger ». Je suis frappé par les mots que cet homme vêtu d’une tunique blanche qui fait allusion à sa nature transfigurée, prononce et je me demande maintenant s’il le sourire qu’il pointe, n’est pas dérision de sa part. Pendant un instant, je le vois avec mes propres traits.

Sur une table, (il s’agit de mon bureau habituel) une tasse. Une coupe rose et blanche ornée comme celle dans laquelle j’ai bu hier un thé. Mais plus grande. Cet homme qui avait mon regard me dit : «  Je suis Jésus et voit ce pain rassis. Je te montrerai avant la fin de ton rêve de quoi je suis capable ». Il pris une tranche de pain et la mange. Je ne me rends pas tout de suite compte que le pain est devenu frais quand il le porte à sa bouche et je guette durant tout le rêve le Signe que annoncé. Le reste de la conversation devient floue et distante. Une mésentente. Moi douteux attendant un signe, une preuve. Lui parlant indifférent à mon trouble. Je refusais de l’écouter n’entendant que le coin de ses lèvres.

Il vient me dire de cesser ma vie égoïste, de me tourner vers les autres et de les appeler à faire de même et m’en montre la voie : je me lève, quitte mon lieu de délice, alors même que le mur d’étagères qui ceint le lit sur la gauche, s’ouvre sur un autre espace dans lequel je m’engage. Et puis le mur. Ce pan brisé, absent donnant sur le vide. A ce stade j’ignore si ce vide est ce que je vois ou ce que je ressens. Car ma mémoire me suggère davantage comme un couloir, un passage. La maison semble se prolonger, et je découvre une immense pièce bordée d’une longue baie vitrée, qui m’évoque la salle de réunion d’un conseil d’administration.

Une assemblée siège, ou plutôt, un petit groupe de jeunes gens est réuni pèle mêle au bout d’une longue table oblongue (ou rectangulaire). Je me suis levé du lit pour me diriger vers eux. Certains sont debout, d’autres assis sur la table. Ils sont décontractés. Tous bavardent. Parmi eux, je reconnais ma sœur peut être, archétype de la classe moyenne, peu soucieuse du monde et de ses affaires. Au fond de la pièce, à l’autre bout de là où je me tiens, une porte par l’entrebâillure de laquelle je devine un petit groupe d’hommes vêtus à la XIXème en haut de forme avec costards pingouins, se réjouissant. Le petit monde du capitalisme financier qui dirige la donne ? La grande pièce est pourvue d’une immense baie vitrée qui surplombe le monde et offre au regard un vaste panorama rouge sang. Paysage vallonné dont on ne distingue aucun détail, à l’exception d’un large fleuve qui sillonne au creux de la vallée qui charrie ses eaux rouges. Le paysage s’étire jusque dans le lointain. A l’horizon monts et ciel se confondent dans la droite lignée de mon regard. C’est le couchant. Le couchant de notre civilisation toute entière qui semble là envahi par les ravages de la guerre.

Debout dans la salle surplombant la scène, je fais face à une femme qui regarde à droite. Je me retourne vers la gauche, hésitant, et vois Jésus. Il est resté à sa place. Même s’il me parait loin, son regard pèse sur moi. Je prends un air angoissé comme pour lui dire « dois-je vraiment faire ceci? ». Son impassibilité ne me laisse aucun doute sur ce qu’il attend de moi. Les personnes rassemblées continuent leurs bavardages. Leur indifférence à ma présence et à ce que je voudrais leur dire, me blesse et rend difficile mon avancée vers eux. Ces hommes semblent ignorer que dehors la Terre et le Ciel sont rouges, que le soleil comme suspendu à quelques pas du firmament baigne dans un halot rouge sang et que leur insouciance frivole les empêche de voir le drame qui se déroule au dehors des pieds de la bâtisse où ils se tiennent jusqu’au firmament. La femme devant moi jette un œil par la baie vitrée. Je lui crie : « non pas par là ; Regarde », en lui montrant la droite. « Le ciel est rouge ! ». Ma voix est imposante et pourtant je suis calme. La menace que cette nouvelle porte en elle ne semble évident que pour moi. Les hommes présents ne semblent pas s’en préoccuper. Mais la femme restée devant moi se tourne vers l’horizon et pour la première fois je ne sais si le soleil se lève ou s’il se couche. L’assemblée de jeunes gens toute entière prête désormais attention au dehors. Ils semblent s’interroger sur ce qui s’y passe. Satisfait, Je retourne sur mes pas. A peine de retour dans ma chambre je me réveille.

Fin du rêve. Revenu à la conscience, je prends note de ce songe et des circonstances dans lesquelles il est survenu. Je note : j’aurai nourri mon rêve de cette encre rouge que je travaille depuis quelques jours, de cette vue sur le soir d’un soleil couchant dévoilant une immense coulée de sang. Je repense à ces pas, ces mille et uns pas que j’entends marcher dans les airs sur une cadence binaire et répétée. TAC TAC, TAC TAC. Ces bruits secs de bottes cloutées reviennent sans cesse. Ils ferrent mes rêves, hantent mes jours. J’entends la guerre. Je vois la guerre, je peins la guerre. Alors que tout parait si calme.

22 janvier 2024

CAFÉ ZERRÉ


Rien de mieux qu’un bon café pour démarrer la journée ?

Quoi de plus approprié qu’un café Zerré avec un Z comme ZANZIBAR , Le “pays des Noirs”…

Faites un détour par l'ALBUM dédié sur ma page Facebook ÆRIK ART

C’est étymologiquement la signification du nom de ce pays d’Afrique, un Z que je reprends ici avec cette série d’images zanzibarées en attendant que zurgizent des Z comme Zombie, Zoulou, Zèbre, Zélé, Zorro et autres zébrures dans l’image.

Zanté !


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21 janvier 2024

LA PHOTOGRAPHIE, UN ART EN CHASSE



La photo est un art très exigeant, probablement l’un des plus difficiles. Contrairement au peintre qui part d’une toile blanche pour imprimer sur la toile ses vision et ressenti, le photographe prend la lumière du monde ; il forge une image à partir d’un existant qu’il s’approprie.

Ce qui différencie le photographe, celui qui “écrit en lumière”, du simple “preneur” de vue, c’est outre l’intention qu’il met dans la prise, le travail pour saisir et imprimer l’image de son regard. Faire sien ce que produit l’œil mécanique de la caméra, en jouant du cadre, du contraste, de la composition, des couleurs,… C’est tout l’art du photographe que de faire d’une “prise de vue” un cliché, autrement dit de “Faire Image”!

Il y a quelque chose du “vol” dans l’acte de photographier, un “vol de lumière” pour ainsi dire qui n’est pas sans évoquer le mythe de Prométhée, voleur du feu des Dieux dans la mythologie grecque, pour le donner aux hommes. Prendre une photo peut être vu comme prendre la flamme d’un être pour l’offrir aux regards des autres comme une chaleur et une lumière manquante. La photographie des stars et des people à destination des hommes du commun illustre magistralement cette thèse. Un “vol” de feu popularisé et répété aujourd’hui continuement par la généralisation des téléphones portables et de leur usage, au point que l’on peut se demander si les milliards de photos et vidéos qui sont prises chaque jour ainsi inconsidérément, ne font pas perdre un peu de sa lumière au monde et à l’homme. Les natifs d’Amérique considéraient avec méfiance la photographie, qu’ils soupçonnaient de “voler leur âme”. La lumière prise au piège dans la nasse photographique porterait-elle avec elle, en elle, cette Invisible part de nous-mêmes ?

Matériellement, le bilan de cette captation continue, ce sont bien des milliards de photons aspirés et réduits à quelques lignes informatiques ou quelques grains argentiques soustraits à la lumière. Certes, l’homme reproduit et diffuse partie de ces images en retour, continuellement de surcroit sur ses écrans. Mais que restitue t-il au juste, en quantité comme en qualité, avec sa mécanique froide et sa lumière électrique, de ce qu’il nous prend comme matière sensible, lumineuse et possiblement luminante pour ainsi dire?

On dit parfois d’une photo qu’elle sublime ou transcende son sujet, preuve s’il en est que la photo est capable d’intensifier le réel qu’elle capte et restitue, que cette intensification provienne du sujet, de la captation ou du traitement, et de rejoindre ainsi la Peinture, dont le vrai sujet est l’Invisible. C’est à ce moment là que la Photographie se fait Art. Et peu de photographes y parviennent. Mais de même que la photographie est capable de magnifier le réel, sans quoi il n’y aurait pas d’Art possible, que ce soit par captation ou traitement, le photographique peut tout autant, par mégarde ou ignorance, affaiblir ou “tuer” son sujet par les mêmes voies.

Toute l’ambivalence de l’acte photographique (sa propension à générer plus de mort que de vie), se retrouve dans le termes employés familièrement pour le désigner. Ne dit-on pas “tirer” en anglais pour dire “prendre une photo” ? “TO Shoot”, même verbe pour appuyer sur la détente d’un revolver que pour appuyer sur le déclencheur d’un appareil photo. En français le verbe “tirer” occupe une place toute aussi importante dans le processus photographique ; il est réservé en photographie analogique à l’acte de développement du négatif, à son traitement en laboratoire une fois la photo prise. On notera ici la différence d’approche de cet technique de part et d’autre de l’Atlantique.

Quelques dates occurrentes pour étayer cette parenté, voire gémellité cachée entre appareil photo et armes à feu modernes ? États-Unis 1836, Samuel Colt invente le premier revolver à barillet. France 1839, Daguerre invente le premier engin photographique portatif, le Daguerréotype (Niepce a découvert en 1824 le principe d’impression sur grain d’argent). On ne s’étonnera donc pas que les images photographiques et filmiques aient été si promptes et si aisées à représenter les armes à feu automatiques et leur usage, et ce jusqu’à la fascination et l’envahissement sur les écrans. On notera aussi que nombre de grands photographes et cinéastes ont gagné leurs galons en arpentant l’Ouest Américain, lieu emblématique de duels et d’affrontement par les armes s’il en est. “Duel”, n’est-il pas le titre du film qui fit connaitre Steven Spielberg, cinéaste passé maître incontesté en ce domaine ?

En français comme en anglais, l’acte de photographier se retrouve donc assimilé à un tir meurtrier ou une mise en bière avant résurrection par le développement de l’image et sa diffusion. C’est peu dire que la mort en la photo fait son ouvrage. Elle fait même du preneur d’image plus qu’un “voleur” de lumière, puisqu’elle le met en situation d’être littéralement un prédateur voire un tueur potentiel, qu’exprime très bien l’expression “chasseur d’images” (expression courante en photographie qui trouve son correspondant dans le maniement des armes, dans le lexique “chasseur de primes”). Alors que dire d’une séance de portrait, si ce n’est que ce face à face avoisine furieusement en nature avec un Duel ?

Du reste, hors de toute considération sur le processus de formation et la nature d’une image photographique, la caméra comme l’appareil photo est aujourd’hui communément considérée comme une “arme” à part entière eu égard le rôle que l’image joue dans les médias en tant que vecteur d’information, d’opinion et d’émotion. “La caméra est une arme” fut d’ailleurs le slogan d’une unité de réalisateurs révolutionnaires, le groupe Medvedkine, pendant les évènements de mai 68. Pour certains, la caméra est même devenue LE pouvoir, à cause de sa capacité à faire et/ou défaire un roi. Quant aux médias, on sait le rôle qu’ils jouent aujourd’hui dans l’édifice social et l’importance que revêtent l’Audience comme l’Audimat, à l’échelle nationale comme internationale.

Bref, tout cela pour rappeler CE que l’on regarde vraiment, quand on regarde une photographie, et souligner le fait que PRENDRE ou SE FAIRE PRENDRE comme REGARDER une photo n’est pas un geste aussi anodin qu’il y parait. Que, si la photographie participe à ce point aujourd’hui de nos vies et de notre LUMIÈRE, comme de notre Invisible, alors ne devrions-nous pas nous soucier davantage de ce que nous lui donnons comme éclat propre et attention à vivre ? Réflexion à suivre… Nous évoquerons bientôt Richard Avedon et ses portraits de l’Amérique.

Eric Desneux

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