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23 janvier 2024

SONGE D'UNE NUIT D'AUTOMNE


Echo d’images qui me hantent depuis 25 ans. La restitution brut de fonderie d’un passage de mes carnets datant de 1990.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1990

Dans une chambre, un lit, une table, une fenêtre et un pan de mur ouvert sur le vide. Des étagères. Ma chambre. Je suis allongé sur le lit plongé dans une profonde rêverie.

Un homme. Un jeune homme qui m’a paru intelligent, ferme et décidé est entré. Si il n’y avait pas eu ce sourire qui me rappelle ceux que le diable emporte, je n’aurais peut être pas douté de lui quand il m’a dit : « je suis Jésus ; donne moi à manger ». Je suis frappé par les mots que cet homme vêtu d’une tunique blanche qui fait allusion à sa nature transfigurée, prononce et je me demande maintenant s’il le sourire qu’il pointe, n’est pas dérision de sa part. Pendant un instant, je le vois avec mes propres traits.

Sur une table, (il s’agit de mon bureau habituel) une tasse. Une coupe rose et blanche ornée comme celle dans laquelle j’ai bu hier un thé. Mais plus grande. Cet homme qui avait mon regard me dit : «  Je suis Jésus et voit ce pain rassis. Je te montrerai avant la fin de ton rêve de quoi je suis capable ». Il pris une tranche de pain et la mange. Je ne me rends pas tout de suite compte que le pain est devenu frais quand il le porte à sa bouche et je guette durant tout le rêve le Signe que annoncé. Le reste de la conversation devient floue et distante. Une mésentente. Moi douteux attendant un signe, une preuve. Lui parlant indifférent à mon trouble. Je refusais de l’écouter n’entendant que le coin de ses lèvres.

Il vient me dire de cesser ma vie égoïste, de me tourner vers les autres et de les appeler à faire de même et m’en montre la voie : je me lève, quitte mon lieu de délice, alors même que le mur d’étagères qui ceint le lit sur la gauche, s’ouvre sur un autre espace dans lequel je m’engage. Et puis le mur. Ce pan brisé, absent donnant sur le vide. A ce stade j’ignore si ce vide est ce que je vois ou ce que je ressens. Car ma mémoire me suggère davantage comme un couloir, un passage. La maison semble se prolonger, et je découvre une immense pièce bordée d’une longue baie vitrée, qui m’évoque la salle de réunion d’un conseil d’administration.

Une assemblée siège, ou plutôt, un petit groupe de jeunes gens est réuni pèle mêle au bout d’une longue table oblongue (ou rectangulaire). Je me suis levé du lit pour me diriger vers eux. Certains sont debout, d’autres assis sur la table. Ils sont décontractés. Tous bavardent. Parmi eux, je reconnais ma sœur peut être, archétype de la classe moyenne, peu soucieuse du monde et de ses affaires. Au fond de la pièce, à l’autre bout de là où je me tiens, une porte par l’entrebâillure de laquelle je devine un petit groupe d’hommes vêtus à la XIXème en haut de forme avec costards pingouins, se réjouissant. Le petit monde du capitalisme financier qui dirige la donne ? La grande pièce est pourvue d’une immense baie vitrée qui surplombe le monde et offre au regard un vaste panorama rouge sang. Paysage vallonné dont on ne distingue aucun détail, à l’exception d’un large fleuve qui sillonne au creux de la vallée qui charrie ses eaux rouges. Le paysage s’étire jusque dans le lointain. A l’horizon monts et ciel se confondent dans la droite lignée de mon regard. C’est le couchant. Le couchant de notre civilisation toute entière qui semble là envahi par les ravages de la guerre.

Debout dans la salle surplombant la scène, je fais face à une femme qui regarde à droite. Je me retourne vers la gauche, hésitant, et vois Jésus. Il est resté à sa place. Même s’il me parait loin, son regard pèse sur moi. Je prends un air angoissé comme pour lui dire « dois-je vraiment faire ceci? ». Son impassibilité ne me laisse aucun doute sur ce qu’il attend de moi. Les personnes rassemblées continuent leurs bavardages. Leur indifférence à ma présence et à ce que je voudrais leur dire, me blesse et rend difficile mon avancée vers eux. Ces hommes semblent ignorer que dehors la Terre et le Ciel sont rouges, que le soleil comme suspendu à quelques pas du firmament baigne dans un halot rouge sang et que leur insouciance frivole les empêche de voir le drame qui se déroule au dehors des pieds de la bâtisse où ils se tiennent jusqu’au firmament. La femme devant moi jette un œil par la baie vitrée. Je lui crie : « non pas par là ; Regarde », en lui montrant la droite. « Le ciel est rouge ! ». Ma voix est imposante et pourtant je suis calme. La menace que cette nouvelle porte en elle ne semble évident que pour moi. Les hommes présents ne semblent pas s’en préoccuper. Mais la femme restée devant moi se tourne vers l’horizon et pour la première fois je ne sais si le soleil se lève ou s’il se couche. L’assemblée de jeunes gens toute entière prête désormais attention au dehors. Ils semblent s’interroger sur ce qui s’y passe. Satisfait, Je retourne sur mes pas. A peine de retour dans ma chambre je me réveille.

Fin du rêve. Revenu à la conscience, je prends note de ce songe et des circonstances dans lesquelles il est survenu. Je note : j’aurai nourri mon rêve de cette encre rouge que je travaille depuis quelques jours, de cette vue sur le soir d’un soleil couchant dévoilant une immense coulée de sang. Je repense à ces pas, ces mille et uns pas que j’entends marcher dans les airs sur une cadence binaire et répétée. TAC TAC, TAC TAC. Ces bruits secs de bottes cloutées reviennent sans cesse. Ils ferrent mes rêves, hantent mes jours. J’entends la guerre. Je vois la guerre, je peins la guerre. Alors que tout parait si calme.

22 janvier 2024

CAFÉ ZERRÉ


Rien de mieux qu’un bon café pour démarrer la journée ?

Quoi de plus approprié qu’un café Zerré avec un Z comme ZANZIBAR , Le “pays des Noirs”…

Faites un détour par l'ALBUM dédié sur ma page Facebook ÆRIK ART

C’est étymologiquement la signification du nom de ce pays d’Afrique, un Z que je reprends ici avec cette série d’images zanzibarées en attendant que zurgizent des Z comme Zombie, Zoulou, Zèbre, Zélé, Zorro et autres zébrures dans l’image.

Zanté !


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21 janvier 2024

LA PHOTOGRAPHIE, UN ART EN CHASSE



La photo est un art très exigeant, probablement l’un des plus difficiles. Contrairement au peintre qui part d’une toile blanche pour imprimer sur la toile ses vision et ressenti, le photographe prend la lumière du monde ; il forge une image à partir d’un existant qu’il s’approprie.

Ce qui différencie le photographe, celui qui “écrit en lumière”, du simple “preneur” de vue, c’est outre l’intention qu’il met dans la prise, le travail pour saisir et imprimer l’image de son regard. Faire sien ce que produit l’œil mécanique de la caméra, en jouant du cadre, du contraste, de la composition, des couleurs,… C’est tout l’art du photographe que de faire d’une “prise de vue” un cliché, autrement dit de “Faire Image”!

Il y a quelque chose du “vol” dans l’acte de photographier, un “vol de lumière” pour ainsi dire qui n’est pas sans évoquer le mythe de Prométhée, voleur du feu des Dieux dans la mythologie grecque, pour le donner aux hommes. Prendre une photo peut être vu comme prendre la flamme d’un être pour l’offrir aux regards des autres comme une chaleur et une lumière manquante. La photographie des stars et des people à destination des hommes du commun illustre magistralement cette thèse. Un “vol” de feu popularisé et répété aujourd’hui continuement par la généralisation des téléphones portables et de leur usage, au point que l’on peut se demander si les milliards de photos et vidéos qui sont prises chaque jour ainsi inconsidérément, ne font pas perdre un peu de sa lumière au monde et à l’homme. Les natifs d’Amérique considéraient avec méfiance la photographie, qu’ils soupçonnaient de “voler leur âme”. La lumière prise au piège dans la nasse photographique porterait-elle avec elle, en elle, cette Invisible part de nous-mêmes ?

Matériellement, le bilan de cette captation continue, ce sont bien des milliards de photons aspirés et réduits à quelques lignes informatiques ou quelques grains argentiques soustraits à la lumière. Certes, l’homme reproduit et diffuse partie de ces images en retour, continuellement de surcroit sur ses écrans. Mais que restitue t-il au juste, en quantité comme en qualité, avec sa mécanique froide et sa lumière électrique, de ce qu’il nous prend comme matière sensible, lumineuse et possiblement luminante pour ainsi dire?

On dit parfois d’une photo qu’elle sublime ou transcende son sujet, preuve s’il en est que la photo est capable d’intensifier le réel qu’elle capte et restitue, que cette intensification provienne du sujet, de la captation ou du traitement, et de rejoindre ainsi la Peinture, dont le vrai sujet est l’Invisible. C’est à ce moment là que la Photographie se fait Art. Et peu de photographes y parviennent. Mais de même que la photographie est capable de magnifier le réel, sans quoi il n’y aurait pas d’Art possible, que ce soit par captation ou traitement, le photographique peut tout autant, par mégarde ou ignorance, affaiblir ou “tuer” son sujet par les mêmes voies.

Toute l’ambivalence de l’acte photographique (sa propension à générer plus de mort que de vie), se retrouve dans le termes employés familièrement pour le désigner. Ne dit-on pas “tirer” en anglais pour dire “prendre une photo” ? “TO Shoot”, même verbe pour appuyer sur la détente d’un revolver que pour appuyer sur le déclencheur d’un appareil photo. En français le verbe “tirer” occupe une place toute aussi importante dans le processus photographique ; il est réservé en photographie analogique à l’acte de développement du négatif, à son traitement en laboratoire une fois la photo prise. On notera ici la différence d’approche de cet technique de part et d’autre de l’Atlantique.

Quelques dates occurrentes pour étayer cette parenté, voire gémellité cachée entre appareil photo et armes à feu modernes ? États-Unis 1836, Samuel Colt invente le premier revolver à barillet. France 1839, Daguerre invente le premier engin photographique portatif, le Daguerréotype (Niepce a découvert en 1824 le principe d’impression sur grain d’argent). On ne s’étonnera donc pas que les images photographiques et filmiques aient été si promptes et si aisées à représenter les armes à feu automatiques et leur usage, et ce jusqu’à la fascination et l’envahissement sur les écrans. On notera aussi que nombre de grands photographes et cinéastes ont gagné leurs galons en arpentant l’Ouest Américain, lieu emblématique de duels et d’affrontement par les armes s’il en est. “Duel”, n’est-il pas le titre du film qui fit connaitre Steven Spielberg, cinéaste passé maître incontesté en ce domaine ?

En français comme en anglais, l’acte de photographier se retrouve donc assimilé à un tir meurtrier ou une mise en bière avant résurrection par le développement de l’image et sa diffusion. C’est peu dire que la mort en la photo fait son ouvrage. Elle fait même du preneur d’image plus qu’un “voleur” de lumière, puisqu’elle le met en situation d’être littéralement un prédateur voire un tueur potentiel, qu’exprime très bien l’expression “chasseur d’images” (expression courante en photographie qui trouve son correspondant dans le maniement des armes, dans le lexique “chasseur de primes”). Alors que dire d’une séance de portrait, si ce n’est que ce face à face avoisine furieusement en nature avec un Duel ?

Du reste, hors de toute considération sur le processus de formation et la nature d’une image photographique, la caméra comme l’appareil photo est aujourd’hui communément considérée comme une “arme” à part entière eu égard le rôle que l’image joue dans les médias en tant que vecteur d’information, d’opinion et d’émotion. “La caméra est une arme” fut d’ailleurs le slogan d’une unité de réalisateurs révolutionnaires, le groupe Medvedkine, pendant les évènements de mai 68. Pour certains, la caméra est même devenue LE pouvoir, à cause de sa capacité à faire et/ou défaire un roi. Quant aux médias, on sait le rôle qu’ils jouent aujourd’hui dans l’édifice social et l’importance que revêtent l’Audience comme l’Audimat, à l’échelle nationale comme internationale.

Bref, tout cela pour rappeler CE que l’on regarde vraiment, quand on regarde une photographie, et souligner le fait que PRENDRE ou SE FAIRE PRENDRE comme REGARDER une photo n’est pas un geste aussi anodin qu’il y parait. Que, si la photographie participe à ce point aujourd’hui de nos vies et de notre LUMIÈRE, comme de notre Invisible, alors ne devrions-nous pas nous soucier davantage de ce que nous lui donnons comme éclat propre et attention à vivre ? Réflexion à suivre… Nous évoquerons bientôt Richard Avedon et ses portraits de l’Amérique.

Eric Desneux

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17 janvier 2024

L'ARTISTE, UN ÊTRE À PART


1992...

– Comment vous dire ? À peine je prends le stylet, je deviens fébrile.
– Bigre ! Serie- vous sourd à ce point ?
– Non, seulement Sardine, Sire.
Passé trente signes, j’peux lancer le Dire
Mais sans musique, pas de danse des lignes.
Des baffles en rythmes, et j’reprends le fil !

(La musique s’est éteinte, je me suis levé de mon siège pour la relancer.)

Retour au clavier. Ce que je voulais dire ?

Présenter une série de propos sur l’Art et l’artiste recueillis en juin 1992 à l’occasion d’un entretien individuel avec Michel Potay, dans ses Lieux à Arès. À l’époque, j’ai la vingtaine fougueuse et je me destine à une vie d’artiste. Le monde est en passe de devenir une jungle hyper-technicisée, hyper-financiarisée et hyper-contrôlé où plus un brin d’herbe ne pourra pousser, et je sens et vois venir la Crise par tous mes pores et toutes mes fibres.

Malgré mon jeune âge, j’ai déjà quelques traversées à mon actif, à pied ou en pensée, qui m’ont conduit à un premier naufrage et une tabula rasa de mon perceptif. Passé en fulgurance de l’athéisme revanchard à la foi en un Absolu innommable, au contact de la poésie et de la peinture, j’aborde désormais la vie avec ma propre Imprimatur.

Le bonhomme que je rencontre pour la première fois en direct cet été-là a la soixantaine, le poil tout blanc, et se présente avec du lourd en soute. 20 ans d’expérience d’une mission et d’un mouvement de foi qui veut changer le monde qu’il a lancé en 1974 après avoir été « visité surnaturellement » par Jésus et le Grand Esprit sous son Tipi. Ils lui ont débouché le Calumet pour y faire passer leur Feu, et livré quelques bouffés d’Oxy-gène pur, à transmettre aux rares poulains qui aspirent encore à courir libre dans les plaines.

J’ai rallié ses rangs un an auparavant et finirai par y donner 30 ans de ma vie, avant de partir en vrille et de reprendre ma route sol-Ær, en “solitaire-solidaire” fidèle en cela depuis mes 20 ans à l’expression camusienne. À cette époque, j’ai la foi d’Icare, nourrie de “l’homme révolté”. Ce que j’ignore encore, c’est que je finirai par croiser le Minotaure dans le Noir au cours d’échauffourées. La foi a ses parages que la Science ignore. Et ses miracles qui vous redonnent Force, Lumière et Espoir. Les voyages forgent la jeunesse dit-on ? Les épreuves où l’on fraye avec la mort forgent l’homme plus sûrement encore, et ses passages forgent l’âme.

32 ans plus tard, plongé dans ma nasse d’archives à tisser un fil d’Ariane en vue d’une sortie, je tombe sur des notes en recoin d’un vieux disque informatique. Cueillies sur le vif, elles dressent de l’artiste un portrait vivant et habité, et présente l’Art comme un vecteur singulier qui peut changer la vie, à tout le moins le regard. Car tout est dans le regard, n’est-ce-pas ?

À l’époque, ces mots retranscrits tels qu’entendus en entretien et l’article « Beauté » que Michel Potay publiera l’année suivante dans un recueil de textes annuel (Le Pèlerin d’Arès 1992), devinrent ma feuille de route. J’ai pu depuis, éprouvé tout ce qu’il y est écrit, au cours d’expériences ou de rencontres fortuites, parfois au prix de moments rudes et de choix difficiles.

La foi n’est pas un monde d’idées pures. Et encore moins un long fleuve tranquille. Et elle ne va sans risques, c’est peu de le dire, créatrice qu’elle est d’une Vie qui se paye chère, liberté humaine oblige dans un monde où l’homme est partout dans les fers. Elle peut même inconsidérément provoquer son anéantissement, par manque ou excès de zèle notamment. Loi du contraste. Pas de lumière sans ombre ou sans possibilité d’ombre, et inversement. Pas d’élévation sans possibilité de chute, et pas de chute sans possibilité de redressement. Où serait le mérite sinon, de s’aventurer dans ces contrées inexplorées, ignorées de la plupart ?

En matière de création spirituelle, l’Art est lié à la Transfiguration et, conséquence pour l’artiste, à une vie lourde de renoncements et de sacrifices. C’est toute la philosophie qui portent ces lignes. Elles suintent d’un Idéal qui se murmure encore dans les têtes vides comme un appel sourd à recréer Eden pour revivre libre. En nos temps où l’art n’est guère plus considéré que comme un faire-valoir, et l’artiste un gus qui fait son numéro de cirque, il n’est pas vain de rappeler que l’artiste peut revêtir un tout autre habit et endosser un tout autre rôle que celui que lui assignent ceux qui le diffusent et le produisent, ou même ceux qui le regardent avec estime.

Parler d’Art peut paraitre prétentieux ou se mettre hors d’atteinte d’un certain public. Ce feuillet offre l’intérêt du langage parler, simple et compréhensible, pour parler de choses difficilement accessibles. J’évoquerai dans un post à venir “Du génie” de Schopenhauer, qui fait curieusement écho dans un tout autre parler à ce qui est écrit ici, notamment dans la comparaison faite entre talent et génie et la nature intuitive de ce dernier. Preuve s’il en est que l’on peut franchir les mondes en restant assis sur le même Mont.

La vérité a plus d’un versant et chacun arpente en même temps qu’il le trace, son propre sentier. La voie de l’artiste est périlleuse, c’est pour cette raison peut-être qu’elle fût et demeure souvent, une quête solitaire ardue. Notre époque, marquée par la prédominance du spectacle, dans les médias comme dans l’artistique, télévision cinéma et musique en première ligne, ont fait de l’artiste un flambeau porté par d’énormes et puissantes réalisations collectives. La figure de l’artiste solitaire du XIXème siècle s’est éteinte, maudite. Place au BIG BIZ ! La solitude demeure pourtant l’apanage des créateurs, car ce qu’ils ont à donner au monde, ils ne peuvent que le trouver et le faire jaillir du fond d’eux-mêmes. Et où ailleurs que dans la solitude comme au désert, peut-on toucher le fond de son être ? C’est du reste, le premier message de l’artiste : rappeler à l’homme que gît en son fond ressources et forces inexplorées, et qu’il a vocation à CRÉER en ce monde, à commencer par sa vie propre dont il peut faire sortir belle œuvre, “se faire une âme” comme qui dirait (voir le film MADAL) et rejoindre la Flotte de ceux qui voguent en Ciel et illuminent la Terre.

« L’artiste est souvent un être à part. L’Histoire le montre. C’est un être essentiellement sensible. Il ne vit pas selon sa raison, ses intérêts comme le font la plupart des gens. Il sent les choses. Il participe de si près à la Création qu’il se transcende. L’artiste participe DE et à la Création. C’est un des rares êtres qui a conscience de cela. Il va vers la Lumière. Mais combien y parviennent ?

C’est un chemin très difficile qui exige beaucoup de renoncements et de sacrifices. C’est peut-être même la voie la plus difficile. En fait, il y a peu de vrais artistes. Face à un monde de chômage et de désarroi, beaucoup s’engagent dans la voie de l’art ; quoi de plus normal et de légitime puisque c’est une voie qui “réussit” ; mais tous ne sont pas artistes.

L’Art procède en quelque sorte de la Vie, du génie. Je ne confonds pas talent et génie. Le talent s’applique à des tâches concrètes, celles des arts graphiques, de l’illustration. Le talent est partagé par beaucoup et avec beaucoup de travail, certains acquièrent un grand métier et parviennent à un résultat remarquable. Mais ce qu’ils font n’est pas de l’Art. Certes, sans métier il n’est pas d’art possible, mais l’Art c’est autre chose.

La maîtrise de l’outil est indispensable en art. Mais le génie est unique ; il ne peut y en avoir qu’un, voire deux sinon quelques uns selon les époques. Le génie, c’est l’irruption de DIEU dans la Vie. Comme Lui, il est imprévisible, inattendu. L’Artiste, le vrai, n’est crée qu’en contraste avec tous les autres créateurs. On a qualifié à tord Picasso de génie et d’artiste. Picasso était un créateur, mais un artiste ? Idem pour Dali. Il maîtrisait toutes les techniques et les arts de son temps mais son œuvre laisse froid. A l’inverse de Van Gogh.

Van était un génie brut. Il peignait d’instinct. Il avait cependant plus de métier que l’on ne le pense. C’était un être meurtri, à vif, qui avait soif d’Amour. Il recherchait ses père et mère Lumière et Couleur. Ses toiles tiennent du surnaturel. Ne trouvant pas la Lumière dans la nature, il allait la puiser au fond de lui-même. Car c’est la Lumière qu’il faut rechercher, n’est ce pas ?

Les toiles de Van Gogh, c’est VAN GOGH ! Mais pour un Van Gogh, combien de barbouilleurs ? C’est parce qu’il y a autant de faux peintres que le Génie est apprécié. Regardez dans la rue : c’est parce que qu’il y a des gens moches que l’on apprécie les gens beaux. D’ailleurs, les gens moches ne se doutent pas du rôle qu’ils jouent.

La Création est un perpétuel balancement de contrastes. Hier le Sahara était une immense plaine, c’est aujourd’hui un désert. L’on s’indigne de la destruction de l’Amazonie ? L’on sait aujourd’hui qu’elle produit autant d’oxygène qu’elle en consomme. La vraie écologie, c’est celle du regard. Car il y a le Regard avant tout.

L’Art est transfiguration et non représentation. Van Gogh, ce qu’il voyait, c’est peut-être ce qu’Adam voyait. Vous avez Adam dans vos gènes, vos chromosomes et il y a probablement un gène de la transfiguration. Au fur et à mesure que l’homme retrouvera sa source édénique, il recouvrera toutes ses facultés et se transfigurera. Imaginez ce que l’homme pourra faire alors. »

Eric Desneux

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15 janvier 2024

SAUVAGE


J’aime ce mot “sauvage” piochée à la prose de Levi-Strauss le temps d'une lecture de pensée.

“Pensée sauvage”, pensée du bricolage. Pensée analogique de l’organique qui vient iriser notre pensée scientifique et fait revenir en nous l’Enfance, ce temps où l’imagination prévaut sur la connaissance des savoirs.

SAUVAGE charrie dans ma mémoire l’odeur de la luzerne fraiche après une nuit passée à la belle étoile, les épopées jubilatoires en forêt, les sorties à toute blindé en bicloune, les batailles de boue et les plongeons dans les vagues, le ciel éclatant des Amériques et la puanteur rance des bidonvilles d’Amazonie où des enfants pétrissent des ballons de foot avec des guenilles pour jouer sur des décharges publiques.”Sauvage”, un mot qui soulève toute la vie criarde et rance, les cris et les élans de joie comprimés au fond des entrailles.

Sauvagerie, sauvageon. Sauvage rit, sauvage rompt. “Toutes les belles choses sont sauvages et libres” pour Thoreau père de la désobéissance civile. Sauvage, la beauté des libres ?


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