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04 mars 2024

ENTRE CAVE ET CAFÉ

Contrepoint aux murs du quartier qui ornent les pages de la rubrique Z, un chassé-croisé entre les lieux où j'ai créé pendant des années dans le XXème à Paris.

Tout d'abord, l'atelier. Une cave situé au premier-sous-sol  aménagée en studio vidéo, à deux pas du Père Lachaise. C'est peu dire qu'en ces lieux souterrains, bâtis sur des anciennes carrières de pierre, les âmes errantes font sentir leur passage !


Ensuite et surtout, LE CAFÉ, celui où j'ai pris l'habitude de venir m'aérer le cerveau dès que le besoin de faire une pause se ressentait. C’est dans ce café que furent conçues les trois vidéo-installations Amnésie (1999), Enjambes (2001) et De mémoire (2003), réalisées avec Cédric Desrez à l'époque où le quartier drainait encore une population ouvrière.


Situé 56 rue de Bagnolet dans le XXème à Paris, il est conu pour avoir accueilli les anarchistes qui s'y réunissait pendant La Commune de Paris, d'où son nom "BAR DE LA RUNION" et l'ambiance un brin pirate qui y règne. Quand vous descendez du métro Alexandre Dumas, il suffit de remonter la rue sur le trottoir de droite sur 500 mètres environ et vous y êtes. Dans le temps, le bar etait situé entre un pressing et un TABAC PRESSE PMU. La devanture affiche « Bar de la réunion » mais pour les habitués, c’est « chez Rabah ». Depuis il a changé de propriétaire et d'enseigne. C'est devenu Le "Quartier rouge", ambiance plus cosy avec finesse dans les assiettes pour s'adapter à la clientèle bobo qui a envahi le quartier depuis. Dans mes dernières années sur Paris, j'y ai croisé des figures comme Mathieu Amalric ou Sophie Marceau venus monter leurs films dans une boite de post-prod située dans la rue.

Retour dans les années 2000, « Chez Rabah » pour vous parler de ce lieu refuge.

Rabah a racheté ce café dans les années 80. J’ai pris l’habitude d’y venir prendre un café le matin, puis d’y déjeuner et d’y prendre la bière du soir entre amis quand je me suis installé dans le quartier. Ce quartier ne paye pas de mine mais il y règne une atmosphère « village » que les habitants apprécient.


Habib qui est au comptoir en journée, me parle souvent de l’évolution des dernières années. Il regrette un peu le temps où il voyait surtout passer des ouvriers en bleu de travail, des artisans et des petites gens. Le quartier se « boboïse », la clientèle populaire se raréfie. Les discutions se normalisent.

Le café a malgré tout gardé quelque chose de l’ancienne époque. Le plafond jauni par la nicotine n’a jamais été repeint depuis. La déco, réalisée par des amis de Rabah, fait la part belle aux chanteurs engagés : Férré, Brassens, Lounes Matoub, Kateb Yacine…. Son coté mal fait confère au lieu une atmosphère légèrement surannée (mais non dénuée de charme) d’amicale de la poésie : il s’y déroule d’ailleurs de temps en temps des sessions « slam » et autres soirées où l’on fait pousser le verbe. Le billard offre une attraction supplémentaire et comme le « demi » n’est pas cher, il est aisé d’aligner les verres.

J’y viens d’ailleurs pour son atmosphère chaleureuse de bar « portuaire ». De vieilles photos encadrées vous indique que vous êtes ici, un petit peu de l’autre coté de la Méditerranée. Rabah est kabyle et fier de ses origines. Les soirs d’animation, le café est bondé et on y croise toutes sortes de personnes qui ont en commun d’avoir difficilement trouvé leur place dans ce monde moderne ultra technicisé. Le comptoir ainsi que les veilles tables et chaises sont tout en bois verni et ont acquis cette patine que seul le temps sait donner aux choses. Le loquet de la porte est usé. Il faut veiller à le refermer. Un carrelage ardoise et beige tapisse le sol et de vieux billets de banque sont punaisés au dessus des bouteilles. On y trouve aussi un gros pavé estampillé « Mai 68 ». Souvenir de jeunesse ?

A partir de 17-18h, Rabah est là, le regard pétillant et la moustache riante à s’activer derrière son comptoir. Il a en permanence un torchon à l’avant bras et porte toujours un gilet sans manche. Très rock, très classe. Il est de relative petite taille mais son port, très droit, et ses « santiags » en ont certainement dissuadé plus d’un de lui chercher des noises. Le café est assez fréquenté jusqu’à minuit et peut rester ouvert jusqu’à 2h du matin, heure légale. Les soirées de bonne convivialité, le rideau baissé peut laisser échapper des airs de musique et des bruits de tintement de verre.

En journée cependant il n’attire que peu de monde et sa clientèle d’habitués est plutôt du genre « original déclassé ». Ouvrier à la retraite, intérimaire en inactivité, chômeur longue durée, artiste en herbe…. Le café que l’on y sert est un robusta qui vire plutôt à la chicorée. Inutile d’insister. On préférera le thé à la menthe ou la bière selon. On y vient surtout pour trouver un peu de tranquillité et cette atmosphère propre aux voyages intérieurs. Les ondes de FIP font généreusement vibrer l’air et couvrent juste ce qu’il faut les conversations ambiantes pour leur conserver leur intimité. On peut y lire, méditer, travailler,… »


Eric Desneux

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