Lundi de Pâques. Dîner en compagnie de mes enfants. Alors que je m'applique à débarrasser, une question fait irruption dans la bouche de mon fils. « C'est quoi l'esprit ? ». Les enfants ont l'art de vous poser les questions les plus inattendues au moment le plus impromptu. Entre deux coup de balais je lui explique que l'esprit est la part invisible en lui-même, qui relève de son psychisme : pensée, caractère, volonté... Je cherche mes mots. Je me rends compte combien c'est pour moi aussi une énigme. Comment parler de ces choses là ? Il me réplique immédiatement « l'esprit, c'est l'âme en fait ? ». À ces mots je redresse la tête et je prends appui sur mon balai pour me ressaisir. Je lance un regard au ciel et lui réponds sans hésitation « Non, l'âme est le produit du Bien que tu fais sur cette terre. Quand tu es sorti du ventre de ta maman, tu n'es venu au monde qu'avec le corps et l'esprit. Comme tout homme, c'est la vie que tu mènes qui fait que tu as une âme ou pas ». Je sens que mes mots l'ont arrêté. Une évidence l'a saisi et commence à le travailler. Je poursuis : « l'âme est le vrai corps de l'homme, une autre vie qu'il engendre lui-même, le fruit de son existence -spirituelle- en somme ». J'ajoute « c'est la part de Dieu qu'il y a en toi ». Je n'ai pas le temps de finir ma phrase qu'il s'est levé et est sorti de la pièce en tonitruant « Dieu ? J'y crois pas. Il existe pas ! ». Fin de la discussion.
Je reste seul avec mon balai et le petit tas de miettes à mes pieds que je n'avais pas fini de ramasser. J'aurais aimé lui dire que l'âme le relie à toute l'humanité par un lien réel, sensible, et que bien qu'invisible à l'œil, elle rayonne de force et de beauté. J'aurais aimé lui parler de Jésus dont on fête ce jour la résurrection, une des plus belles âmes que l'humanité ait engendré et que c'est justement la force de son âme qui lui permit de vaincre la mort et de se montrer aux hommes dans sa chair transfigurée. J'aurais surtout aimé lui dire que l'âme ne résulte pas de la croyance en Dieu ou en un dogme, de la récitation d'un credo ou de la pratique d'un culte. J'aurais aimé lui faire comprendre que l'âme est avant tout existentielle et qu'elle résulte de notre volonté d'être, même si en tant qu'enfant porteur de l'innocence angélique, il échappe à ses réalités. Ce n'est qu'une fois homme et pleinement responsable de lui même qu'il sera concerné par ce dilemne : vivre en bête ou en homme spirituel. Être bon, pardonner, aimer, dire le vrai, renoncer aux vanités... L'âme se travaille chaque jour comme on bêche un jardin ou comme on entretient sa maison et que, comme toute création elle connaît plusieurs âges, des phases ardentes ou méditatives, qu'elle peut mourir et renaître selon les efforts que l'on fait ou pas, qu'elle doit longuement lutter parfois pour trouver le calme et la sérénité. Je ne lui dirais pas tout cela aujourd'hui mais mes pensées le suivent.
Tandis que je finis de ranger la cuisine, j'enfouis dans la poubelle avec les restes de miettes ramassées par terre, la douleur que m'a fait de l'entendre nier l'existence de Celui que je m'efforce de suivre. Si je n'avais pas moi-même été athée dans le passé, je douterais peut être qu'il est possible de renaître à la foi. Il fera son expérience de la vie, me dis-je. On ne se construit pas sans exploration ni mise à l'épreuve de sa propre nature. Si j'étais religieux je douterais peut-être qu'il puisse se faire une âme et je me tourmenterais plus encore. Mais la Révélation d'Arès est très claire à ce sujet : ce sont les actes, qui détermine spirituellement un être et on peut être athée et habité par Dieu sans le savoir. Par ailleurs, l'enfant ne semble pas aux prises avec ces réalités qui ne concerne que l'homme déjà né (l'homme conscient de ses choix et de ses actes). Il a donc le temps avant d'être confronté à ces alternatives. Pour l'heure il m'importe surtout d'en faire un homme capable de réfléchir et d'agir par lui-même pour son bien et (ce sera son choix) celui de l'humanité.
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