Je travaillais dans une chaîne de télé quand eurent lieu les attentats de Charlie Hebdo. Les deux premiers jours ont été marqué par l’hébétude. Il régnait dans les locaux de la chaîne une sorte de silence irréel et puis petit à petit l’excitation a pris le dessus jusqu’à envahir toutes les émissions. Chacune voulait sa spéciale sur “Charlie” et a mis les bouchées doubles pour couvrir l’événement et ses suites. En tant que graphiste, cela voulait dire pour moi, deux fois plus de photos, d’images, de textes, de banc-titres et d’animations à traiter et réaliser.
Beaucoup de choses ont été dites à l’occasion de ces événements sur la collusion des pouvoirs et des médias et sur la récupération politique qui s’en est ensuivie. Ce n’est pas le propos que je souhaite développer ici. Je tiens en revanche à souligner à quel point cette campagne “Je Suis Charlie” a été construite et montée de toute pièce par les médias.
Le logo “Je suis Charlie” a été réalisé par le directeur artistique d’un journal distribué gratuitement dans le métro parisien. L’homme dit n’avoir pas su trouver d’autres mots pour exprimer son émotion. Publié un peu plus d’une heure après les événements sur son compte twitter, ce logo a été repéré par une journaliste très en vue qui l’a fait suivre. Dès l’après-midi il s’est imposé dans toutes les salles de rédaction. En fin d’après-midi et tous les jours qui ont suivi, toutes les occasions étaient bonnes pour placer ce logo et alimenter la fièvre collective.
De retour à mon atelier trois jours plus tard, après un gavage immodéré d’images et de textes médiatiques, j’ai éprouvé le besoin de me laver de tout ce qui m’avait traversé les jours précédents et de ce à quoi j’avais participé. J’ai commencé par réaliser une affiche avec le mot PENITENCE, écrit en gros au milieu.
[Note à l'attention de ceux qui connaissent peu ou pas La Révélation d'Arès : la pénitence est l'action que l'on entreprend intérieurement pour se changer en bien. Rien à voir avec la pénitence religieuse doloriste et masochiste. Faire pénitence au sens que La Révélation d'Arès lui donne, c'est simplement aimer son prochain (évangéliquement), pardonner (toutes les offenses), répandre la paix (en toutes circonstances), se libérer de ses peurs et de ses préjugés et restaurer son intelligence du cœur. La pénitence est au cœur de la dynamique spirituelle insufflée par Dieu à Arès. Poussée très loin, elle permet à l'homme de se recréer intégralement bon et de retrouver l'image et ressemblance (Genèse 1/26-27) divine déposée en lui. Partagée par un petit reste d'hommes déterminés, elle peut vaincre le mal dans le monde et restaurer Eden.]
L’emploi d’un graphisme sobre, épuré, plus suggestif qu’illustratif, qui imprime la pensée autant que la rétine a été plus qu’une découverte, un déclencheur. J’ai accouché avec cette affiche d’un “style” que je cherchais en moi depuis longtemps pour lier la Parole et mes images (je reviendrais sur ce point dans un prochain article).
J’aurais pu en rester là. Mais j’étais pris dans une sorte d’urgence. Alors que Amédy Coulibaly défrayait la chronique avec sa prise otage à l’Hyper Casher porte de Vincennes (ma fille était alors dans une école à quelques 200 mètres de là), j’ai réalisé un petit carton “Je suis pénitent” (Révélation d’Arès 30/11), en réponse à tous ceux qui me sommaient de me prononcer pour ou contre Charlie, et je l’ai posté sur mon compte Facebook.
J’ai continué de créer ainsi avec une sorte de frénésie tout le mois de janvier, les jours où je ne travaillais pas en télé, mû par une nécessité impérieuse d’opposer à ce bruit médiatique qui me traversait, le Chant (Révélation d’Arès x/8) de La Parole. Une grande affiche et un petit film pour le local de la mission parisienne des Pèlerin d’Arès, reproduits sur mon site de mission et mentionnés dans un article du freesoulblog (blog de Michel Potay, témoin de la Révélation d’Arès, voir 161C58 et 161C93), sont tous deux sortis de cette dynamique créative intense.
Je crois intéressant de noter que ces travaux remarqués par mes frères, n’ont pas jailli d’un esprit déconnecté des réalités tranquillement installé dans le confort de ses certitudes. Ces images sont nées sur une ligne de front, ont jailli d’une nécessité, d’un combat. Front de La Parole avec le bruit d’homme (xxxii/8), qui depuis l’aube biblique s’affrontent sur fond de guerres, de violence, de vengeance sans fin. J’ai ressenti la nécessité d’occuper l’espace avec les mots : Père de l’Univers (12/4), La Parole qui est (i/4), et qui seule contient la Force de vaincre le mal et de faire taire ce bruit envahissant, spoliant, dénaturant jusqu’à l’absurde.
Aujourd’hui la pression médiatique est retombée, les émissions de télévision pour lesquelles je travaille ont repris leurs cours habituel et je peux méditer avec plus de tranquillité sur ce qui s’est passé.
Je me dis que la France a montré avec ces événements, un bien triste visage en réalité, loin de l’image d’union sacrée et de “défense des valeurs la civilisation” qu’ont construite les médias. Faire de Charlie Hebdo, journal satirique vachard et outrancier, le parangon de la liberté d’expression avait déjà de quoi interroger. Mais imposer “Je suis Charlie” à toute la Nation comme une sorte d’hymne visuel auquel tout est un chacun a été sommé d’adhérer, et ce au nom de cette même liberté d’expression, confinait à l’absurde.
Quand la vague de représailles juridiques a été déclenchée contre ceux qui, pris au piège de ce simplisme ravageur, ont déclaré leur “sympathie”, réelle ou non, avec les terroristes (je crois plus en réalité par provocation et irrévérence envers cette adhésion imposée à “Je suis Charlie”), la tragédie a basculé dans le grotesque. C’est ainsi que l’on a vu un enfant de 8 ans être conduit en garde à vue et passer une nuit au poste de police, des alcooliques éméchés condamnés à de la prison ferme, des élèves renvoyés sans sommation de leur école, collège ou lycée… pour avoir simplement tenu des propos considérés comme “apologie du terrorisme” !
Mais le plus inquiétant c’est peut être le spectre totalitaire qui s’est glissé dans les déclarations publiques et les décisions gouvernementales qui ont suivies, au rang desquelles il faut noter certaines restrictions de nos libertés publiques et qui témoignent d’une volonté toujours plus forte du pouvoir d’utiliser la peur comme arme pour renforcer sa domination sur le peuple.
Jean Bauberot a dit : “La France est passée de la Monarchie absolue à la République absolue”, en parlant de la manière obtuse qu’ont certains hommes politiques d’envisager la laïcité. Les récents événements nous ont permis de vérifier que le germe de l’absolutisme était encore bel et bien vivace en France. Ce même germe qui a produit naguère la Saint-Barthelemy quand la France était encore “fille aînée de l’Église”, ce germe qui élevé la guillotine et un chant barbare au rang d’emblèmes nationaux lors de la Révolution, a resurgit aujourd’hui.
Il y a néanmoins quelques points positifs à relever et tirer de ces évènements.
Le premier. Je pense qu’il y avait dans la rue ce dimanche 11 janvier et les jours qui ont précédé (je ne suis pas allé manifester moi-même) des hommes et des femmes sincèrement épris de dépassement et d’universalité, et qui ont cru que quelque chose pouvait se jouer dans cet élan de solidarité généreuse, très vite récupéré par les pouvoirs de toutes sortes hélas. C’est cet élan qui m’intéresse ici et me fait dire que la France a encore un vivier de forces cachées qu’elle pourra faire jaillir le moment venu. Plaise à Dieu que ce soit pour épouser la pénitence absolue !
La deuxième chose que je veux dire ici me concerne, en tant que Pèlerins d’Arès. Pendant longtemps j’ai témoigné de ma foi à couvert pensant me faire mieux comprendre et accepter d’un peuple athée qui rejette instinctivement tout ce qui lui rappelle la religion. Ces dernières années, je suis sorti de ma réserve à l’invite du témoin et prophète de la Révélation d’Arès, Michel Potay, et je me suis mis à témoigner ouvertement de ma foi, à relayer simplement l’Appel du Père de l’Univers à savoir que seule la pénitence sauvera l’humanité des périls qui l’attendent.
Aujourd’hui j’ai compris à quel point porter témoignage et appeler à la pénitence était aussi un combat qui se joue sur le territoire des mots qui façonnent notre pensée, et j’ai aussi envie de parler de prière (Révélation d’Arès 12/4), de Salut (37/3), de péché (30/2),… bref de reconquérir cet Héritage (31/4) confisqué par les religions qui ont vidé la Parole de Dieu de sa substance active, créatrice, et de lui redonner son vrai sens en lui prêtant ma voix et ma chair.
Et qu’importe si je passe pour religieux, si on me prend pour une “méchante vieille” ou un mec d’un autre âge. C’est en redonnant force et vie à ce langage spirituel, qui seul donne l’intelligence (23/4), que l’homme parviendra à s’échapper de la prison mentale dans laquelle il croupit depuis des siècles. Refuser cette évidence, pour moi Pèlerin d’Arès, c’est prendre le risque de finir broyé par le bruit matérialiste et rationaliste. Car comme nous le rappelle frère Michel (Michel Potay) sur son blog, “il n’y a pas de synonyme à pénitent”, il n’y a pas de substitut à la Parole. Elle EST (i/4) !
Eric Desneux.
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NDLR 2025 : A la suite de l'élaboration de ces affiche et carton sur LA PENITENCE basés sur le concept d'IMAGE-SIGNE, je me lancerai avec feu dans la réalisation d'une série de créations graphiques spécifiques pour la Mission des Pèlerins d'Arès, non sans rencontrer âpres difficultés auprès de mes propres frères de foi qui rejetèrent à Paris même où j'officiais, le fruit de mes recherches créatives.
C'est donc CONTRE le groupe de mission parisien au sein duquel j'étais engagé corps et âme, que j'ai produit et diffusé l'ensemble des travaux que j'ai néanmoins rendu public sur un site dédié créé pour l'occasion, intitulé TU VOIS LE RETOUR, pour donner une chance à mon travail d'exister. Soutenu chaleureusement par le prophète, mes travaux seront diffusés dans toutes les assemblées de France, à l'exception de la Mission parisienne qui les bouda et les combattit allant jusqu'à décrocher les rares affiches que certains touchés par mon travail avaient choisi d'exposer. Une expérience qui m'a permis de vérifier l'adage prophétique de Jésus « Nul n'est prophète en sa famille ou son pays ».
Un indice de l'opposition de mes propres frères de mission du groupe parisien à ce travail poursuivi sans relâche pendant 5 ans de février 2014 à février 2019 ? Le nombre de commentaires laissés sur ces pages où j'ai fait fleurir mon travail : https://tuvoisleretour.blogspot.com