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17 décembre 2009

IDENTITÉ NATIONALE

Il n’appartient à aucun pouvoir politique de définir ce qu’est une identité. L’histoire nous rappelle que toute tentative de le faire, ravive les préjugés les plus vils et dégénère en xénophobie, haine raciale et guerres.

Cette histoire est récente pourtant, c’est celle de la montée des fascismes au milieu du XXème siècle. A t-on déjà oublié les erreurs de la France de Vichy et les horreurs du nazisme ? C’est bien possible. La France traverse une crise profonde qui n’est pas qu’une crise économique. Sa population est lasse, fatiguée et malade. Cela se lit sur tous les visages. Sauf peut-être sur le visage de certains jeunes qui viennent d’ailleurs et qui représentent pour une part, la force de son avenir.

Ce “grand débat sur l’identité nationale” est nauséabond parce qu’il remue la fange de la vieille France, crispée, arrogante et frileuse. Il va à contre-courant d’un monde où les échanges, la mixité, les métissages de toutes sortes sont appelés à se multiplier. Il n’y a pas d’avenir dans les replis identitaires, qu’ils soient politiques, religieux ou culturels. S’il est important de savoir d’où on vient et qui on est,  il est plus important encore de savoir où l’on va et ce que l’on veut être.

Je veux être un homme de bien, libre et responsable, et je veux vivre dans un monde en paix. Pas besoin de me déclarer “français”, “papou”, “américain” ou autre, pour cela. Bien au contraire. Besoin de dépasser tous les sentiments de supériorité que génèrent les “sentiments d’appartenance” à une culture ou une identité.

Je n’appartiens à rien d’autre qu’à l’Humanité.

/

***  En visite sur ce blog, Xavier me pose la question : existe t-il une identité nationale ? J’ai ‘inclus la réponse que je lui ai faite dans le corps de ce post ***

“Existe t-il une identité nationale ?” Poser la question revient à demander si un cheval sauvage peut vivre dans un enclos.

Une évidence : on a tous une identité, quand à savoir ce qu’elle est et ce qui la définit, c’est des fois l’affaire de toute une vie pour le découvrir.

"Identité", à l’identique de.

Dis moi quel est ton “modèle” et je te dirai qui tu (envisages ou t’efforces) d’être.

Une identité est profonde et complexe à la fois. Ce qui fait ce que l’on est est le fruit de notre existence. On ne peut pas enfermer cela. Car en plus de ne pas être énumérable, ce quelque chose est toujours en mouvement en redéfinition permanente. Vouloir le définir c’est comme tenter de figer la vie dans son élan.

Le pouvoir politique n’aime pas les chevaux sauvages. Il aime les colonnes bien dressées et les devises en forme d’épitaphe sur les monuments élevés à sa gloire. Quand il s’empare de cette question, c’est évidemment dans le but de nous agglomérer et de nous imposer plus lourdement encore sa vision des choses. Sur que l’histoire, la culture, la langue, l’éducation, les habitudes… contribuent à nous forger. Et l’Etat qui tient dans sa main, l’Education Nationale, Le Ministère de la Culture, les lois,… nous charge déjà pas mal la barque, pour faire de nous des “bons sujets”, “bien gouvernés” avant tout . Mais je crois qu’il y a, au fond de nous, une part de l’Unique qui nous est propre et incessible. Une part sur lequel il n’a pas prise

Lutter pour que cette part grandisse et s’épanouisse est depuis toujours le combat des hommes en quête de véritable liberté, d’égalité, de fraternité. Certains hommes “politiques” ont pu y contribuer. Mais rarement. Et jamais en lançant de grands débats sur “l’identité nationale”, démarches toujours réductrices qui aboutissent à des hypers simplifications dangereuses.

L’idée de “nation” telle qu’on l’entend aujourd’hui, est un concept assez récent à l’échelle de l’histoire. Mais déjà suffisamment chargé de guerres et d’erreur pour que l’on ait pas à y revenir. C’est d’ailleurs pour cela que ce débat a fait flop. Parce que ce concept n’est plus porteur : terreur de 93, guerres napoléoniennes, 1870, 14-18, 39-45…. des millions de morts “pour la France”, pour la Gloire de la Patrie, la “Grandeur de la Nation”. Je crois que les français ressentent et savent cela au fond d’eux. S’ils n’ont pas beaucoup réagi -hormis quelques intellectuels et médiatiques ou politiques du bord opposé qui ont vu la une occasion de redorer leur blason-, c’est parce qu’ils sont las et fatigués des discours politiques.

Je suis “français”. Je suis né et je vis dans ce pays (j’en ai visité d’autres cependant). Je parle sa langue, je participe même à sa vie politique, et à la vie de ses institutions en votant, en payant mes impôts, en participant à ses débats à ma manière…. Mais je ne me réduis pas à cela. Et “être français” ne se réduit pas à “faire partie d’une Nation”. C’est autre chose. C’est plus vaste. Je ne suis même pas sur, contrairement à ce que d’éminents intellectuels disent-, qu’il s’agit d’une “appartenance”. Je n’appartiens pas à la France. Si je devais appartenir à quelque chose, ce serait à l’humanité, et plus dans une relation d‘échange et de partage, que de “propriété”.

Pour toutes ces raisons, un peu jetées en vrac, j’ai dans l’idée qu’il ne peut pas y avoir “d’identité nationale”, philosophiquement parlant. Que cette expression est un immense leurre. Il ne peut y avoir que des individus qui ont chacun, chacune, leur identité propre. Même si aujourd'hui et pour longtemps encore, l’homme vit sous le joug du politique et de sa pensée (et de bien d’autres maitres dont il devra apprendre à se libérer), qui tente de le circonscrire, le définir, pour mieux le gouverner.

Je suis convaincu d’une chose,

L’homme n’est Homme que libre,

et que son avenir n’est pas dans un enclos national quel qu’il soit,

mais dans la redéfinition permanente, libre et constructive [créatrice], de son identité propre

[qui se puise à l'image et ressemblance du Créateur, libre par excellence].

Eric Desneux