Un ami athée à qui je présentais la Révélation d'Ares au cours d'un dîner en lui disant simplement que le but ultime de cette parole était le rétablissement du bonheur sur terre, me répondit sur un ton bravache : « Quand j'entends le mot bonheur, je sors mon révolver! ». Un accueil pour le moins épineux. J'y ai d'abord vu une manière impulsive de s'opposer à mon propos car le premier réflexe de celui que la vérité dérange est d'abord de chercher à la faire taire. J'ai ensuite cherché à comprendre et je lui ai demandé de s'expliquer. Il voulait dire par là que le vingtième siècle et ses horreurs, toutes nées de volonté d'imposer une vision du bonheur (le nazisme, le socialisme, le communisme, le maoïsme, les khmers rouge visaient tous la construction d'une société idéale), l'avait conduit à devenir extrêmement méfiant envers toute tentative de définir le bonheur et même d'en parler ou d'en faire une visée collective.
J'ai acquiescé sur ce point. La Révélation d'Arès reconnaît qu'un grand nombre d'hommes ont été scandalisés et ont abandonné tout espoir pour l'humanité par suite de l'inaccomplissement des fausses promesses brandies par les religieux comme par les politiques. J'ai essayé de lui dire que le bonheur dont je parlais n'était pas lié à l'établissement d'un système, d'une doctrine ou d'un pouvoir (bien au contraire) mais reposait sur l'épanouissement de l'individu libre, aimant et créateur, une voie qui n'a encore jamais été envisagée, mais il n'a rien voulu entendre. Il a rangé le bonheur dans une case "erreur inhumaine" et il coule depuis, contradiction notoire propre à l'homme moderne, son humanité dans le moule conformiste de l'heureux candidat au système qui le protége et qui lui garantit son petit espace de "liberté individuelle", espace dans lequel il voit "son bonheur". Je dis « heureux » car c'est ce qu'il disait être, heureux de savoir que les lois et le système, qui par ailleurs l'enserrent, enserrent également les autres et lui permettent ainsi de jouir du peu qu'il a, en toute tranquillité. Sa vision du bonheur est nombriliste mais sincère et non dénuée de fondements au demeurant. C'est bien tout le problème. Quoi de plus légitime pour l'homme que de chercher à vivre heureux, à connaître joie et plaisirs ? Dieu n'a pas créé l'homme pour autre chose que la joie de vivre sur cette terre et le système que l'homme s'est donné ne manque pas d'attrait. Il s'essouffle voila tout et menace d'imploser.
Comment donc amener ce genre d'homme auto-frustré mais "heureux de l'être" -la majorité des hommes en fait-, à reconsidérer leur notion du bonheur, à l'élargir, à lui donner des ailes pour qu'elle respire aussi de la vie spirituelle ? L'homme a besoin de preuves visibles et sensibles de ce que nous avançons, plus que d'arguments ou de réflexion. Nous prenons à chaque fois le risque de passer pour des idéologues ou des gentils naïfs à parler du bonheur sans avoir le rayonnement qui le traduise immédiatement. « Heureusement que tu n'as pas de charisme, me lança mon ami pour clore la discussion. Car si tu en avais tu pourrais bien convaincre des hommes de te suivre. Tu deviendrais dangereux. Là, je serais vraiment obligé de sortir mon revolver ! ». La preuve qu'il a senti malgré tout dans ce que je lui disais, en dépit de ma faiblesse et de mon manque d'envergure notoires, toute la force de changement et de bouleversement que la Révélation d'Arès promet. « Heureux ceux qui croit sans voir » disait Jésus il y a 2000 ans, saluant par là ceux qui acceptaient de s'engager dans la difficile voie de la spiritualisation du monde sans savoir véritablement ce que le monde changé sera ni quand il adviendra. Ce bonheur là, n'est peut être pas mesurable ni tangible mais il existe.