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31 janvier 2024

ÉCRIVAINS, FILMEURS. PASSEURS !


Truchements érodés.

(Merci à l’ami Franc qui a titré ce JET)

L’écriture : UNE. Descente EN sons dans les mots.
Le cinéma : UN. Montée EN Signe dans une image.

Descente, Montée. Même injonction. SENTE verticale.
Faire vivre l’essentiel dans une forme impropre,
imparfaite, qui « ne sied pas » mais qui demeure
irremplaçable, incontournable, indispensable. SAS.

Nécessaire… comment dire élagation ? Elagage !
Dans les deux cas, SE FAIRE TRONC. Compression.

Je descends dans les mots. JE fait Signe.
Je serre dans un cadre. JE fait Image .
En Texte ou en Case, JE VIS EN SèVE. Pulsar.

))))°((((

Ecrivain. En fusée pour rester fébrile sur le fil.
L’écriture court. La main tresse et tisse. Fils en plan.
Lignes tramées. Echappée des sens. JE se faufile
ENTRE LES LIGNES;

Filmeur. En apnée pour rester fluide en cadre.
L’image file. La main coupe et cout. Plans en lignes.
Voile tendue. Envol des signes. JE imprime
RAVE EN RETINE.

Vivre en Dedans, un rien piégé dans l’Instant I
En restant TOUT en TOUT TEMPS hors de tout

Réduction, mutilation.
Kénosis, acédia.
Amnésie. Ame Mnésis !

Une seule solution, une seule issue
N’être que de passage, Souffle contenu
Continu en Présence, de mots et images

Ecume sur crête des vagues
Perles de brume dans l’aérial

Ecrivains, filmeurs.
Passeurs sans âge
De Permanence

En phase

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30 janvier 2024

LETTRES CREUSENT, LIGNES CRIBLENT


Carnet numérique. Journal graphé. 

Echo au papier creusé par la pointe,
impressions de lignes sur “screen”.

Page blanche.
Noircie
Désespoir s’enlise.
Mots s’encalminent.

Ecran noir.
Criblé.
Pensées percent.
Cris s’enluminent

/

À VOIR ci après, quelques nus graphismes puisés à l'ALBUM GRAPHIZ diffusé sur ma page FACEBOO ÆRIK ART dédié à mes créations picturales et photographiques.

2006 © Eric Desneux. Tous droits réservés





REGARD BLANC


On lit une forme avec sa tête, sa culture.

On ressent une force avec tout son corps, son cœur.

Regard blanc.
Prendre les choses telles qu’elles se présentent à l’œil nu
Non pas telles que l’on se les imagine

Une feuille de papier, de couleur blanche, format A4,
posée sur la table.


Pour certains :
l’angoisse d’écrire
une invitation à s’exprimer
un (futur) testament
une lettre d’amour jamais reçue
un message
une simple feuille blanche sur une table

A l’image : tout juste un quadrangle clair 

Sur lequel se pose un infini
Un écran éteint ?

_*_



En cinéma documentaire, recours au regard blanc. Pour sortir des habitudes du voir.

Pour se libérer de ce qui conditionne notre regard (et nos pensées) : la culture. Son caractère d’évidence : on ne la voit pas. On la projette. 

Regard blanc. Tentative de regard virginal.
Le cinéma, d’abord un faisceau de lumière.
Le film, un vaisseau de poussières.


L'écrit, un filin filé d'encre clair

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Débuts du cinéma-spectacle, matrice des médias de masse ?


Brin d’idées muries après visionnage d’un documentaire sur l’Histoire de l’Amérique, vue à travers le Cinéma et ses débuts..

Echo en ce début du XXIème siècle, à ce début du XXème siècle qui vit l’essor de la photographie et du cinéma d’où sortira le monde médiatique d’aujourd’hui : généralisation des écrans, addiction du public, trust des imaginaires et manipulation des esprits. Et si tout était déjà en germe dans les premiers pas du cinéma à gros succès?

Marcel Gauchet dans sa trilogie sur la démocratie regardait la première guerre mondiale comme la matrice du XXème siècle et de ses guerres. Enrôlement forcé des populations, mécanisation et planification à outrance de la production, application et utilisation cynique des forces en action…

Translation. Pouvons-nous regarder les débuts du cinéma, sis à la même époque, comme la matrice de ce que deviendront les médias de nos jours ? Piques sur “Naissance d’une Nation” de Samuel Griffith, sorti en 1915, soit deux ans avant l’entrée en guerre des Etats-Unis sur le sol européen (1917), intervention militaire, politique et économique qui mettra fin à la guerre et imposera les Etats-Unis comme puissance montante qui changera la face du monde.


Du poids du cinéma en particulier et des médias en général dans la formation des représentations collectives. D’autant plus fort que ces arts créent des fictions historiques qui flattent l’orgueil des peuples et des nations, en ne faisant qu’agiter des bouts de chiffons.

Début du XXème siècle, USA. La naissance du cinéma coïncide avec la naissance du nationalisme américain et l’essor de la bannière étoilée comme emblème. “Melting pot, waving flag”. L’Amérique a eu besoin et à utilisé le cinéma pour se construire en produisant des images simples auxquelles tout individu quelque soit son origine pouvait croire. Et qu’est ce que le film sinon un voile qui vacille dans l’espace tel un drapeau ? De voile à drapeau n’y a t-il pas que des marques de reconnaissance qui signent, comme le marquage au fer rouge des bestiaux, l’appartenance à un troupeau ? Le cinéma, faisceau de lumière, a précédé la naissance des fascismes. Le film, vaisseau de poussières, bande de nitrate hyper-inflammable, portait-il dans sa matière l’annonce des ravages de toutes les guerres à venir ? Il a gagné le grand public et continue de le faire, en représentant la violence “sublimée” à l’écran. Retour sur la naissance d’un art qui nous prend enfant.

La première superproduction hollywoodienne qui est aussi considérée comme le premier “grand film américain”, est “Naissance d’une Nation” de Samuel Griffith (1915). Le film rapporta près de 50 millions de dollars. Il fut un immense succès et l’objet d’une controverse dès sa sortie, avant d’être interdit dans plusieurs villes américaines pour promulgation du racisme et du Ku-Klux-Klan (qui resurgit à l’époque porté par le succès du film qui glorifia le monde sudiste). Il faudra attendre Autant en emporte le vent, sorti en 1939, pour le détrôner au box office. 2 ans tout juste avant Pearlharbor (1941) qui signa l’entrée des Etats-Unis dans la deuxième guerre mondiale soit dit en passant, comme Naissance d’une Nation (1915) précéda de 2 ans l’entrée en guerre des USA dans la première (1917).


Coïncidence ? Les deux films prennent pied et font vivre à l’écran, le même monde, le monde sudiste qui porte les plaies de l’esclavage et de la guerre de sécession dans l’Histoire nord-américaine. L’un plutôt porté sur le Thanatos, l’autre sur l’Eros. Phénomène de purge collective avant réunification pour montrer au front ? Le cinéma, exutoire des passions et forge des émotions. Force de manipulation.

Rebond. Devrions nous envisager que la prochaine fois qu’un “grand film américain” sur le Sud des Etats-Unis esclavagiste fait un carton dans ce pays jusqu’à réunir la “Nation”, nous serons à 2 ans de voir les américains entrer de plein pied dans la troisième guerre mondiale ? Clin d’œil à Ere de volcan écrit précédemment qui mettait en boite nos grosses têtes politico-médiatiques qui n’ont pas vu venir la guerre d’Ukraine ni le déclin économique. Si cette boutade se vérifie, plus besoin d’analyses d’experts pour pronostiquer la prochaine guerre, le BOX OFFICE US suffira pour la peine. Quelle magie porte donc l’image d’un film ?

Savante maitrise des plans, de l’éclairage et du montage, Naissance d’une Nation continue d’être étudié commenté et reconnu surtout pour la puissance de sa narration. Il deviendra la matrice de tous les films à grand spectacle et celle de toute l’industrie cinématographique qui n’aura de cesse de chercher la potion magique du succès, avec en toile fond la poétique d’Aristote et la Caverne de Platon. Aujourd’hui Hollywood maitrise le processus d’écriture d’un film jusqu’à confier à l’IA qu’elle a programmée, le premier jet d’écriture de ses productions, reléguant les scénaristes créateurs de mondes et de personnages, au rôle de correcteurs et co-signataires. Verdict de la récente grève menée par le puissant syndicat des scénaristes. Narration depuis ses débuts à Hollywood, narratif aujourd’hui partout dans le médiatique. Scène et spectacle dans les deux cas. Et la guerre toujours en vedette avec strass et fracas.

Naissance d’une Nation par narration donc. Création d’une fiction. Recréation de l’Histoire. Construction d’un récit pour justifier et anoblir les crimes de guerre qui ont engendrés la Nation dans le sang avec l’esclavage et la guerre de sécession. Création d’un sentiment d’Unité Nationale en jouant des émotions que soulèvent le spectacle grand format mu par une trame scénaristique calquée sur le modèle grec antique. Création d’un mythe qui fonctionne d’autant plus facilement qu’il est simple, voire simpliste à comprendre et reproduire. Le mythe ne demande qu’un sentiment d’adhésion pour vivre, avec communion dans le lynchage d’un bouc émissaire pour souder le collectif, sans autre motif de raison que de vouloir appartenir à ce qui est portée aux nues dans la projection, dans ce cas-ci, cette nation là.

Naissance d’une Nation de Samuel Griffith (1915)

L’imaginaire américain, serait-ce “ce processus de domestication, d’apprivoisement de ce qui est sauvage” ? Le cinéma a “sauvagisé” les natifs d’Amérique et les esclaves noirs pendant des décennies dans ses images pour imposer l’image d’une Amérique blanche bien sous tous rapports. Berthold Brecht : Si tu veux détruire quelqu’un, qualifie le d’abord de “sauvage”. Persistance des motifs qui ont “justifié” en Occident, la colonisation, l’apport de LA civilisation. Colonisation des terres hier, colonisation des esprits aujourd’hui. Le cinéma, une captation pour une mise en cage ? A voir. D’abord un faisceau de lumière porté par un voile de poussières, selon un regard blanc. Et beaucoup de noir. “Ô Obscurité, ma lumière” écrit Godard dans son “Histoire(s) du cinéma”. Et si c’était justement dans ses noirs que résidait la force du cinéma et sa capacité de retournement, geste maïeuticien s’il en est ? Retourner les cerveaux pour retourner les situation. Manivelle, caravelle. La force du cinéma est avant tout d’offrir la possibilité d’un voyage, aux imaginaires comme aux idées pour traverser le temps et s’inscrire dans les mémoires.

Echo de sagesse amérindienne. “Ils nous mis (comme lumière noire) en terre, ils ignoraient que nous étions graines”. Retournement de situation. Les Etats-Unis perdent la mise aujourd’hui avec la montée de la Chine épaulée par des BRICS sur le plan international, et sont traversés par une profonde remise en question de leur modèle et crise de leurs croyances. Le déclin précoce pointe son nez; Et pas que sur le plan économique. L’Asie envahit à son tour les écrans avec ses superproductions calquées sur le modele hollywoodien qui mettent en scène sa culture, ses valeurs et son histoire. Paradoxalement, jamais les souffrances et chants transfigurés des natifs et esclaves d’Amérique, longtemps honnis dans les films, n’ont autant fait retentir leurs cris et leur silence par les voies mêmes que les USA ont prise pour marquer les esprits à travers le monde, des yourtes de Mongolie à la France. Esprit de lutte contre les injustices, valorisation de l’individu et sa détermination, esprit de résistance, retour à la terre, communion avec tous les êtres et tous les mondes (Avatar), renversements de pouvoirs injustes… se retrouvent désormais dans des films de tous les continents et inspirent jusqu’à des artistes et réalisations chinoises. C’est peu dire que les zArts sont libres et finissent par échapper à leurs maîtres. Ne sont-ce pas les seuls témoignages qui restent d’une civilisation après leur extinction et table rase ? Dicton à retenir en guise de leçon : “Dans la savane, si les lions sont rois, les zèbres font signe”.

En cinéma, le film projeté est réfléchie sur écran, à raison de 24 images ET 24 NOIRS par seconde. Mécanique de la caméra comme du projecteur qui actionnent un obturateur. L’œil reçoit un rebond qui fait IMAGE dans le temps et qui comprend moitié de noir noir. Une absence totale d’images (mais pas de son) pendant une moitié de seconde. Une part de non-vu qui porte tous les possibles et qui laisse au spectateur la possibilité de vivre sa part dans l’Invisible. Et signe pour le créateur la possibilité intrinsèque qu’offre cet art de contourner les digues. Martin Scorsese, réalisateur américain de la côte Est en butte avec Hollywood, connu pour le caractère subversif de son cinéma, compare le cinéaste à un contrebandier et dit que tout l’Art de cet art, est justement de faire passer sa cargaison en douce. Une des raisons pour lesquelles le monde de la mafia et des brigands occupe une si large place dans les histoires portées à l’écran ? Ce ne sont pas les succès du Parrain de Coppola ou Casino du dit Scorsese, et ceux de tous les films actuels qui mettent en scène des barons de la drogue ou des espions qui me contrediront. Mais pour faire passer quoi ? Beaucoup de héros de cinéma sont des petits malfrats dont la petite histoire contient la Grande. Image d’une humanité libre réduite à agir dans le monde en loucedé pour le changer, ou simplement survivre ? “Ô Obscurité, ma lumière” disait Godard. Pour sûr il ne parlait pas que du noir des images. Le personnage de voyou emblématique de son film A BOUT DE SOUFFLE joué par Belmondo, qui sacra la Nouvelle Vague et changea la face du film, finira à terre dans la rue sur ces mots : “C’est dégueulasse !”. Et la jeune vendeuse du New York Times qui pris son dernier souffle dans la dernière prise, de dire “Qu’est ce que c’est, DEGUEULASSE ?”. Des gueules lasses ? Ainsi finit le cinéma chez Godard, de guerre lasse après avoir tenté pendant plus d’une décennie de changer le monde avec son cinéma. Pour rappeler en cinéma, au Cinéma, que la vie de l’homme de la rue il a oublié et qu’il doit, pour finir, y retourner s’il veut retrouver sa force ? Les toutes premières images tournées ne furent-elles pas la Sortie des ouvriers de l’usine des frères Lumière depuis le trottoir d’en face, avec l’entrée d’une locomotive fumante plein cadre sur les quais de La Ciotat ? Retour en gare. Le cinéma est un enfant de la révolution industrielle. Né avec elle, il a muté avec elle.

La télévision a pris d’assaut la rue et pris le relais dans la formation des imaginaires et la conduite des esprits. Foules naguère en marche. Aujourd’hui clouées sur place, plombées par des mires en barres. Miradors. La télévision encadre aussi surement qu’elle encage comme nous le verrons dans un prochain article sur son évolution. À l’inverse du poste (de police?) que l’on regarde enwagonné dans son chez soi, le cinéma appelait un bain dans un lieu collectif pour faire fusion. Opéra en mode majeur. Danse vibratoire des chairs devant l’oscillation de la lumière. Communion dans le noir. Hier dans les salles, aujourd’hui sous la voute, le cinéma a pris la tangente pour survivre. Il a comme découvert le calcul intégral pour sortir du compte à deux balles et étendre sa surface. Il est devenu SPATIAL et tend à se faire de plus en plus expérience pour concurrencer l’essor des jeux vidéos et du virtuel qui le talonnent dans son domaine d’expérience. De lion rugissant, une partie de lui a muté en Pégase. Le cinéma de production culmine aujourd’hui avec des projections sous dôme géant en relief et des gros succès au box office qui prennent régulièrement l’Univers interstellaire pour décor et des vaisseaux sans roues pour voyage : 2001 Odyssey de l’Espace, Star Wars, Interstellar, Avatar,… Il a troqué la manivelle pour l’électricité. Il s’est fondu dans la lumière pour rejoindre ses origines, engendrant de drôles de créatures au passage, à commencer par ce monstre froid, le calculateur HAL de la station orbitale de 2001 Odyssey de l’espace. Quant au cinéma de création et le cinéma dit “indépendant”, économes car modestes en moyens, ils continuent leur route en investissant des Festivals comme le fameux Sundance, ou dans les lieux alternatifs, en se diffusant plein air la nuit dans des champs. Le Cinéma, peut être parce qu’il se forge intérieurement dans le noir qu’il contient qui n’est pas sans évoquer la nuit, a rejoint par des sentes libres et des fibres le chemin des étoiles.

Qui dit nuit, dit aussi rêve n’est ce pas ? Le cinéma né en même temps que la psychanalyse n’est pas sans entretenir des liens profonds et étroit avec la découverte de la psyché humaine et de ses manifestations nocturnes. De rêve à Idéal il n’y a qu’un pas que nombre de réalisateurs ont fait en mettant leur art au service ou l’illustration d’une idée, d’un rêve (Kurosawa, Fellini, Spielberg) ou DU rêve tout court. Divertir ou instruire ? Amuser ou informer ? Réveiller ou endormir ? Lutter ou collaborer ? Résister toujours ! Le cinéma n’a pas échappé à ses questionnements et turbulences. On se souvient de l’époque Maccarthiste aux États-Unis dans les années 50, au cours de laquelle même des réalisateurs comme Charlie Chaplin, créateur-auteur-réalisateur de CHARLOT, pauvre ère épris d’amour éperdu acquis à la solidarité et au partage, ont été écartés de la possibilité de réaliser des films et étroitement surveillés par le gouvernement pour avoir été soupçonnés de connivences et complicité avec le Communisme, alors ennemi de l’Amérique capitaliste-ultra, en temps de guerre froide. Le Cinéma a servi d’instrument de manipulation comme vecteur de libération. Si de majeur il est devenu mineur en nos temps où télévision et Internet ont pris la place de choix, s’il se complait aujourd’hui massivement dans la fange avec des productions à grand spectacle vides et bruyantes, il n’en a pas moins produit des œuvres qui se sont hissées au rang d’ART et continuent de faire jonction avec la Beauté, spirituelle et libre, notamment dans les marges. Ce que Télévision et Internet peinent à produire, étant par définition des GROS MÉDIAS DE MASSE, sis entre de puissantes mains de surcroit en prise directe avec les Pouvoirs dont les intérêts et aspirations sont toutes sauf artistiques et libératrices.

Qui dit peine ne dit pas impossible cependant comme nous le verrons. La télévision a son modèle propre et comme le Cinéma, ses failles et tangentes qui lui offrent de s’ouvrir et d’ouvrir à une autre Dimension. Nous mettrons l’accent sur les raisons et motivations que ce média a eu de devenir un puissant instrument de manipulation au service de grandes corporations, en scrutant sa matière comme nous l’avons fait pour le Cinéma, pour saisir et sentir le poids qu’elle a eu et qu’elle a toujours sur les populations, et en discerner les voies spécifiques d’évasion. Les tentatives ne manquent pas. Elles éclosent aujourd’hui avec plus ou moins de bonheur pour échapper à la fatalité inscrite dans sa genèse qui porte ce dicton : “Faim de télévision, fin de civilisation”. Du Cinéma, dont on a vu qu’il avait muté en Pégase, l’on retiendra pour l’heure celui-ci jailli au cœur de cette réflexion : “Si dans la savane les lions sont rois, les zèbres font signe”.


Eric Desneux

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29 janvier 2024

RÉSURGENCES DE RICHARD AVEDON

Le dernier article publié dans cette rubrique ciblait la photographie. Il présentait le photographe comme un “chasseur d’âmes” capable de saisir la part invisible d’un être. Il rappelait aussi la gémellité entre appareil photo et arme à feu, et suggérait qu’une séance photo pouvait prendre les allures d’un duel où l’intensité côtoie la mort.


Ambiguïté de toute expression, ou dualité propre à cet art-ci inscrite dans la matière de ces images écrites en ombres et lumière ? La photographie a débuté en noir et blanc avec des plaques de chlorure d’argent et s’est enrichie de la couleur avec le bromure du même métal. Elle lorgne aujourd’hui avec les développements de l’optique et du numérique vers l’hyper-réalisme au piqué plus net que ce que l’œil humain peut saisir, pour produire des images qui peuvent tromper les regards les plus aguerris.

De voile fragile aux allures de suaire tout droit sorti d’un bain révélateur de lumière, la photographie est devenue le miroir glaçant de nos vies, jusqu’à traquer le moindre de nos mouvements , figer notre identité sur papier et servir de témoignage ou de preuve à charge selon en cas de litige au tribunal. Elle est devenue aussi la confidente de nos moments intimes et la gardienne de nos souvenirs.

L’art du portrait concentre tout cela en un SHOOT. En noir et blanc c’est l’âme qui est visée. Le photographe capte l’invisible d’un être avec sa part d’ombre et de lumière. Il peut faire de ce “vol” un envol pour le regard, comme il peut le figer glacé pour une éternité. Le regardeur est aussi émetteur-sabreur. André Breton parlait de la force éjaculatrice de l’œil. Les rebouteux parlent de l’œil noir. La photographie peut se faire Lumière en lumière ou Ombre dans la nuit. Communion ou virage au noir. Perpétuation d’une étincèle de vie ou extinction du regard.


“Si chaque photographie vole un peu de l’âme, ne serait-il pas vraisemblable que je confie des morceaux de moi chaque fois que je prends une photo ? » confiait Richard Avedon, photographe de mode et « portraitiste » américain du XXème siècle, célèbre pour ses photos de célébrités mondaines publiées dans le magazine VOGUE, et ses portraits de femmes et hommes du commun rencontrés en sillonnant les routes de l’Ouest américain de 1979 à 1984.


En 2008 s’est tenue une rétrospective de son œuvre au musée du Jeu de paume à Paris. L’exposition regroupait 270 œuvres retraçant l’ensemble de sa carrière de 1946 à 2004, enrichie d’une quarantaine de photos de la série In the American West.


Tirages grand format, portraits plein cadre en noir et blanc, minimalisme de la composition, fort contraste, piqué de l’image saisissant, l’exposition offrait l’opportunité d’un face à face intime les yeux dans les yeux avec les visages. Un musée prend toujours peu prou des allures de mausolée, impression renforcée ici par les clichés de nombreux défunts célèbres, restés vivants dans les mémoires. Bain d’union en eaux fortes. L’intense contraste des photographies étoilées dans l’espace nu percutent l’âme, arrêtent un instant le temps. De captés les figures deviennent captivantes. Qui fusille qui du regard ?


Avedon se défend de faire autre chose que de capter la surface des personnes qui se confie à sa caméra. On ressent quand même profondément qu’il cherche à capter la vérité de ces êtres, c’est à tout le moins la première impression qu’il m’est venu face à ces grands portraits en noir et blanc qui dressent leur figure hiératique, énigmatique.

En parcourant l’exposition, j’ai eu le sentiment que ces photographies restituaient quelque chose d’un un face à face avec la mort. Et puis méditant sur l’acte de prendre la lumière d’un être et de la coucher sur papier, je me suis dit que cette approche était peut être celle de toute la photographie pour s’engager dans un corps à corps avec la vie. Dans l’espoir d’y faire surgir la VIE ? Si vivre c’est lutter, lutter c’est résister. Il y a de la résistance dans ces images, ce qui fait leur étrange beauté ?

Avant je m’imaginais qu’il s’agissait, en captant « l’instant décisif » ou en « imprimant son sentiment poétique » au monde, « regardé, vécu parce que regardé », d’en faire saillir la vie, le sel de l’existence, de jeter une lumière sur des ombres réputées impénétrables. Bref je pensais que photographier était un acte de naissance, un geste qui donnait vie. Je me rends compte en parcourant cette exposition, que je ne suis qu’un mort en sursis qui vient glaner quelque indice de vie au milieu d’un charnier dont s’échappe des nuées imperceptibles qui nappent l’espace de fibres invisibles. Que capte vraiment le photographe ? Ces photons que je crois enferrés sur papier, ne voyagent-ils pas ? Qu’émettent-ils dans leur échappée pour percer mon regard et l’arreter ?

Une image arrêtée, c’est un peu un tombeau ouvert, et le face à face avec une photographie, une veillée funèbre. On vient s’enquérir des morts ! On tâte de l’œil leur suaire. On questionne leur regard. On cherche à capter le mystère de leur existence passée et de leur présence présente entre deux pensées, on voudrait lire sur leurs lèvres closes et dans leur regard, la réponse aux sourdes angoisses et questions muettes qu’ils portent dans cet instant décisif sur leurs visages qui traversent le temps.

Cet éclair de vie ou d’abandon, qui me saisit ou me fait tanguer selon, que je scrute et capte dans cette photographie, est-ce une partie de vous retenue ici ou une partie de moi qui rejoint votre monde ? Où vous tenez vous aujourd’hui ? Où nous tenons nous ensemble ? Avez vous fait le voyage jusqu’à moi ou est-ce moi qui vous ai rejoint dans cet espace infini qui se déploie entre vous et moi jusque dans le moment où j’écris ces lignes ? Force de la Pensée que de voyager sans limites. La photographie arrête le temps un instant, pour le prolonger potentiellement à l’infini. C’est le paradoxe qu’elle manie pour se faire Art et rejoindre cette part de la Création qui n’a ni commencement ni fin.



Les portraits les plus saisissants sont pour la plupart ceux dont ceux dont le regard et la présence toute entière du corps arrêté, fixent intensément presque avec angoisse, l’objectif ou à l’inverse s’abandonnent au regard du photographe, telle Marilyn Monroe pour lui confier un dernier soupir en suspens avant de s’évanouir. Le regard de Red Owens surtout, m’a donné l’impression qu’il avait conscience dans l’instant du déclic, que la mort le travaillait en lui-même prête à surgir et qu’il la contemplait en puissance. Miracle de la prise, la vie passe et reste comme suspendu entre deux eaux. Force de ce regard qui fait face à l’insondable en soi et le déploie muettement dans l’espace. Force de la photographie de faire se prolonger l’instant et nous offrir de nous tenir devant l’abime sans nom dans un moment d’abandon ou de ressaisissement selon. Glissement d’un voile, envol d’une voile. L’invisible reste insaisissable. Le mystère de la vie inviolable.


Parmi tous les clichés exposés, deux êtres seulement se dérobent à l’objectif et la fixation de la caméra dans un bref mouvement furtif: Louis Amstrong et Malcom X. Manifestent-ils ainsi leur volonté de défier ou de (sur)vivre à l’acte photographique ? De ne pas se laisser piéger par un arrêté ? De renvoyer notre regard ailleurs, de nous emporter dans un mouvement, une vrille de vie ? Ou de jouer et se jouer de la prise tout simplement en connivence avec le photographe qui a laissé vivre ces images dans son anthologie ?


Le piqué est tenue pour la marque d’un bon cliché et le flou, l’ennemi du photographe, qui cherche à arrêter le temps et saisir l’instant. Richard Avedon, passé maître dans l’art de saisir ses images, a laissé Amstrong, âme forte s’il en est, courir plus vite que l’obturateur pour jaillir en flamme devant l’objectif. Le flou est devenu depuis un motif récurrent de la photographie associée aujourd’hui communément à la disparition dans ces expressions les plus contemporaines.

Annonce et défi que lance aujourd’hui le monde à la photographie devenue omniprésente dans nos environnements, pour qu’elle même reste en vie, ou reste “en chasse” tout simplement ? Garder L’œil aux aguets comme qui dirait… Il y a bien des traits qui arrêtent un instant notre regard pour le prolonger en l’envoyer Ailleurs en permettant à l’homme de garder sa lumière pour faire voyager sa Lumière. La peinture est de ceux là.

Passée au second plan depuis l’envahissement de la photographie, du cinéma et des écrans, elle avait annoncé sa propre disparition dès 1914 par un simple quadrangle noir sur fond blanc. Geste iconoclaste s’il en est, qui a gardé toute sa puissance de message en réserve comme nous le verrons. Elle resurgit cependant aujourd’hui sur les murs des villes, en zone urbaine soustraite aux regards, loin des lieux en vue. Aurait-elle pris le maquis pour nous montrer ce que nous ne pouvons ou ne voulons plus voir ? Pour sûre, elle se cache. Pour entrer dans le jeu du photographe ?


Eric Desneux

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L'ŒIL AUX AGUETS


Trophées de chasse d’un œil aux aguets pour débuter la semaine en Z en écho à l’article publié en ART sur la photographie, et celui sur l'œuvre de Richard Avedon et sa captation d’âmes dans le viseur.

Ci-après une collection d’instantanés de murs peints, qui offre autant de face-à-face que de regards saisis sur le vif dans la ville, loin des écrans des médias, dans des zones soustraites aux regards hagards, consultable plein pot sur ma page FACEBOOK ÆRIK ART dédiée à ma création picturale et photographique dans l'ALBUM WALL FACES

La vérité aime à se cacher, dit-on. Elle aime à être cherchée. Où se cache t-elle dans ces images carrelées pour Instagram passées par le culot d’un objectif ? Dans le noir d’un iris qui brille dans le blanc des yeux des captés ? Saisissement du regard. Pointe du Voir. Quand photo et peinture échange un regard, “ça” fait plus que passer, “ça” parle !



26 janvier 2024

PERSISTANCE DES LUCIOLES



 “Empli
de ténèbres
je chasse les lucioles

Kawahara Biwao
in Anthologie du poème court japonais
(Poésie Gallimard)



“Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au couchant”

Crowfoot, porte parole de la tribu des Blackfeet
in Pieds nus sur la Terre sacrée, de Mc Luhan et S. Curtis
(Denoël)

“Les lucioles n’ont disparu qu’à la vue de ceux qui ne sont pas à la bonne place pour les voir émettre”

Georges Didi-Huberman
in Survivances des lucioles
(Editions de Minuit)

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23 janvier 2024

SONGE D'UNE NUIT D'AUTOMNE


Echo d’images qui me hantent depuis 25 ans. La restitution brut de fonderie d’un passage de mes carnets datant de 1990.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1990

Dans une chambre, un lit, une table, une fenêtre et un pan de mur ouvert sur le vide. Des étagères. Ma chambre. Je suis allongé sur le lit plongé dans une profonde rêverie.

Un homme. Un jeune homme qui m’a paru intelligent, ferme et décidé est entré. Si il n’y avait pas eu ce sourire qui me rappelle ceux que le diable emporte, je n’aurais peut être pas douté de lui quand il m’a dit : « je suis Jésus ; donne moi à manger ». Je suis frappé par les mots que cet homme vêtu d’une tunique blanche qui fait allusion à sa nature transfigurée, prononce et je me demande maintenant s’il le sourire qu’il pointe, n’est pas dérision de sa part. Pendant un instant, je le vois avec mes propres traits.

Sur une table, (il s’agit de mon bureau habituel) une tasse. Une coupe rose et blanche ornée comme celle dans laquelle j’ai bu hier un thé. Mais plus grande. Cet homme qui avait mon regard me dit : «  Je suis Jésus et voit ce pain rassis. Je te montrerai avant la fin de ton rêve de quoi je suis capable ». Il pris une tranche de pain et la mange. Je ne me rends pas tout de suite compte que le pain est devenu frais quand il le porte à sa bouche et je guette durant tout le rêve le Signe que annoncé. Le reste de la conversation devient floue et distante. Une mésentente. Moi douteux attendant un signe, une preuve. Lui parlant indifférent à mon trouble. Je refusais de l’écouter n’entendant que le coin de ses lèvres.

Il vient me dire de cesser ma vie égoïste, de me tourner vers les autres et de les appeler à faire de même et m’en montre la voie : je me lève, quitte mon lieu de délice, alors même que le mur d’étagères qui ceint le lit sur la gauche, s’ouvre sur un autre espace dans lequel je m’engage. Et puis le mur. Ce pan brisé, absent donnant sur le vide. A ce stade j’ignore si ce vide est ce que je vois ou ce que je ressens. Car ma mémoire me suggère davantage comme un couloir, un passage. La maison semble se prolonger, et je découvre une immense pièce bordée d’une longue baie vitrée, qui m’évoque la salle de réunion d’un conseil d’administration.

Une assemblée siège, ou plutôt, un petit groupe de jeunes gens est réuni pèle mêle au bout d’une longue table oblongue (ou rectangulaire). Je me suis levé du lit pour me diriger vers eux. Certains sont debout, d’autres assis sur la table. Ils sont décontractés. Tous bavardent. Parmi eux, je reconnais ma sœur peut être, archétype de la classe moyenne, peu soucieuse du monde et de ses affaires. Au fond de la pièce, à l’autre bout de là où je me tiens, une porte par l’entrebâillure de laquelle je devine un petit groupe d’hommes vêtus à la XIXème en haut de forme avec costards pingouins, se réjouissant. Le petit monde du capitalisme financier qui dirige la donne ? La grande pièce est pourvue d’une immense baie vitrée qui surplombe le monde et offre au regard un vaste panorama rouge sang. Paysage vallonné dont on ne distingue aucun détail, à l’exception d’un large fleuve qui sillonne au creux de la vallée qui charrie ses eaux rouges. Le paysage s’étire jusque dans le lointain. A l’horizon monts et ciel se confondent dans la droite lignée de mon regard. C’est le couchant. Le couchant de notre civilisation toute entière qui semble là envahi par les ravages de la guerre.

Debout dans la salle surplombant la scène, je fais face à une femme qui regarde à droite. Je me retourne vers la gauche, hésitant, et vois Jésus. Il est resté à sa place. Même s’il me parait loin, son regard pèse sur moi. Je prends un air angoissé comme pour lui dire « dois-je vraiment faire ceci? ». Son impassibilité ne me laisse aucun doute sur ce qu’il attend de moi. Les personnes rassemblées continuent leurs bavardages. Leur indifférence à ma présence et à ce que je voudrais leur dire, me blesse et rend difficile mon avancée vers eux. Ces hommes semblent ignorer que dehors la Terre et le Ciel sont rouges, que le soleil comme suspendu à quelques pas du firmament baigne dans un halot rouge sang et que leur insouciance frivole les empêche de voir le drame qui se déroule au dehors des pieds de la bâtisse où ils se tiennent jusqu’au firmament. La femme devant moi jette un œil par la baie vitrée. Je lui crie : « non pas par là ; Regarde », en lui montrant la droite. « Le ciel est rouge ! ». Ma voix est imposante et pourtant je suis calme. La menace que cette nouvelle porte en elle ne semble évident que pour moi. Les hommes présents ne semblent pas s’en préoccuper. Mais la femme restée devant moi se tourne vers l’horizon et pour la première fois je ne sais si le soleil se lève ou s’il se couche. L’assemblée de jeunes gens toute entière prête désormais attention au dehors. Ils semblent s’interroger sur ce qui s’y passe. Satisfait, Je retourne sur mes pas. A peine de retour dans ma chambre je me réveille.

Fin du rêve. Revenu à la conscience, je prends note de ce songe et des circonstances dans lesquelles il est survenu. Je note : j’aurai nourri mon rêve de cette encre rouge que je travaille depuis quelques jours, de cette vue sur le soir d’un soleil couchant dévoilant une immense coulée de sang. Je repense à ces pas, ces mille et uns pas que j’entends marcher dans les airs sur une cadence binaire et répétée. TAC TAC, TAC TAC. Ces bruits secs de bottes cloutées reviennent sans cesse. Ils ferrent mes rêves, hantent mes jours. J’entends la guerre. Je vois la guerre, je peins la guerre. Alors que tout parait si calme.

22 janvier 2024

CAFÉ ZERRÉ


Rien de mieux qu’un bon café pour démarrer la journée ?

Quoi de plus approprié qu’un café Zerré avec un Z comme ZANZIBAR , Le “pays des Noirs”…

Faites un détour par l'ALBUM dédié sur ma page Facebook ÆRIK ART

C’est étymologiquement la signification du nom de ce pays d’Afrique, un Z que je reprends ici avec cette série d’images zanzibarées en attendant que zurgizent des Z comme Zombie, Zoulou, Zèbre, Zélé, Zorro et autres zébrures dans l’image.

Zanté !


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21 janvier 2024

LA PHOTOGRAPHIE, UN ART EN CHASSE



La photo est un art très exigeant, probablement l’un des plus difficiles. Contrairement au peintre qui part d’une toile blanche pour imprimer sur la toile ses vision et ressenti, le photographe prend la lumière du monde ; il forge une image à partir d’un existant qu’il s’approprie.

Ce qui différencie le photographe, celui qui “écrit en lumière”, du simple “preneur” de vue, c’est outre l’intention qu’il met dans la prise, le travail pour saisir et imprimer l’image de son regard. Faire sien ce que produit l’œil mécanique de la caméra, en jouant du cadre, du contraste, de la composition, des couleurs,… C’est tout l’art du photographe que de faire d’une “prise de vue” un cliché, autrement dit de “Faire Image”!

Il y a quelque chose du “vol” dans l’acte de photographier, un “vol de lumière” pour ainsi dire qui n’est pas sans évoquer le mythe de Prométhée, voleur du feu des Dieux dans la mythologie grecque, pour le donner aux hommes. Prendre une photo peut être vu comme prendre la flamme d’un être pour l’offrir aux regards des autres comme une chaleur et une lumière manquante. La photographie des stars et des people à destination des hommes du commun illustre magistralement cette thèse. Un “vol” de feu popularisé et répété aujourd’hui continuement par la généralisation des téléphones portables et de leur usage, au point que l’on peut se demander si les milliards de photos et vidéos qui sont prises chaque jour ainsi inconsidérément, ne font pas perdre un peu de sa lumière au monde et à l’homme. Les natifs d’Amérique considéraient avec méfiance la photographie, qu’ils soupçonnaient de “voler leur âme”. La lumière prise au piège dans la nasse photographique porterait-elle avec elle, en elle, cette Invisible part de nous-mêmes ?

Matériellement, le bilan de cette captation continue, ce sont bien des milliards de photons aspirés et réduits à quelques lignes informatiques ou quelques grains argentiques soustraits à la lumière. Certes, l’homme reproduit et diffuse partie de ces images en retour, continuellement de surcroit sur ses écrans. Mais que restitue t-il au juste, en quantité comme en qualité, avec sa mécanique froide et sa lumière électrique, de ce qu’il nous prend comme matière sensible, lumineuse et possiblement luminante pour ainsi dire?

On dit parfois d’une photo qu’elle sublime ou transcende son sujet, preuve s’il en est que la photo est capable d’intensifier le réel qu’elle capte et restitue, que cette intensification provienne du sujet, de la captation ou du traitement, et de rejoindre ainsi la Peinture, dont le vrai sujet est l’Invisible. C’est à ce moment là que la Photographie se fait Art. Et peu de photographes y parviennent. Mais de même que la photographie est capable de magnifier le réel, sans quoi il n’y aurait pas d’Art possible, que ce soit par captation ou traitement, le photographique peut tout autant, par mégarde ou ignorance, affaiblir ou “tuer” son sujet par les mêmes voies.

Toute l’ambivalence de l’acte photographique (sa propension à générer plus de mort que de vie), se retrouve dans le termes employés familièrement pour le désigner. Ne dit-on pas “tirer” en anglais pour dire “prendre une photo” ? “TO Shoot”, même verbe pour appuyer sur la détente d’un revolver que pour appuyer sur le déclencheur d’un appareil photo. En français le verbe “tirer” occupe une place toute aussi importante dans le processus photographique ; il est réservé en photographie analogique à l’acte de développement du négatif, à son traitement en laboratoire une fois la photo prise. On notera ici la différence d’approche de cet technique de part et d’autre de l’Atlantique.

Quelques dates occurrentes pour étayer cette parenté, voire gémellité cachée entre appareil photo et armes à feu modernes ? États-Unis 1836, Samuel Colt invente le premier revolver à barillet. France 1839, Daguerre invente le premier engin photographique portatif, le Daguerréotype (Niepce a découvert en 1824 le principe d’impression sur grain d’argent). On ne s’étonnera donc pas que les images photographiques et filmiques aient été si promptes et si aisées à représenter les armes à feu automatiques et leur usage, et ce jusqu’à la fascination et l’envahissement sur les écrans. On notera aussi que nombre de grands photographes et cinéastes ont gagné leurs galons en arpentant l’Ouest Américain, lieu emblématique de duels et d’affrontement par les armes s’il en est. “Duel”, n’est-il pas le titre du film qui fit connaitre Steven Spielberg, cinéaste passé maître incontesté en ce domaine ?

En français comme en anglais, l’acte de photographier se retrouve donc assimilé à un tir meurtrier ou une mise en bière avant résurrection par le développement de l’image et sa diffusion. C’est peu dire que la mort en la photo fait son ouvrage. Elle fait même du preneur d’image plus qu’un “voleur” de lumière, puisqu’elle le met en situation d’être littéralement un prédateur voire un tueur potentiel, qu’exprime très bien l’expression “chasseur d’images” (expression courante en photographie qui trouve son correspondant dans le maniement des armes, dans le lexique “chasseur de primes”). Alors que dire d’une séance de portrait, si ce n’est que ce face à face avoisine furieusement en nature avec un Duel ?

Du reste, hors de toute considération sur le processus de formation et la nature d’une image photographique, la caméra comme l’appareil photo est aujourd’hui communément considérée comme une “arme” à part entière eu égard le rôle que l’image joue dans les médias en tant que vecteur d’information, d’opinion et d’émotion. “La caméra est une arme” fut d’ailleurs le slogan d’une unité de réalisateurs révolutionnaires, le groupe Medvedkine, pendant les évènements de mai 68. Pour certains, la caméra est même devenue LE pouvoir, à cause de sa capacité à faire et/ou défaire un roi. Quant aux médias, on sait le rôle qu’ils jouent aujourd’hui dans l’édifice social et l’importance que revêtent l’Audience comme l’Audimat, à l’échelle nationale comme internationale.

Bref, tout cela pour rappeler CE que l’on regarde vraiment, quand on regarde une photographie, et souligner le fait que PRENDRE ou SE FAIRE PRENDRE comme REGARDER une photo n’est pas un geste aussi anodin qu’il y parait. Que, si la photographie participe à ce point aujourd’hui de nos vies et de notre LUMIÈRE, comme de notre Invisible, alors ne devrions-nous pas nous soucier davantage de ce que nous lui donnons comme éclat propre et attention à vivre ? Réflexion à suivre… Nous évoquerons bientôt Richard Avedon et ses portraits de l’Amérique.

Eric Desneux

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